[e-criture]

[#87] Le quoi qui n’a pas de magasins dedans (V-01)



Cy Jung [e-criture] [#87] Le quoi qui n'a pas de magasins dedans (...)

[Le prétexte] Deux femmes passent devant le centre Pompidou.
— C’est quoi ?
— Beaubourg. Un musée.
— Alors il n’y a pas de magasin là-dedans ?


Petit rappel liminaire

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[La nouvelle]
Astrid s’ouvre au ciel. Ses yeux se ferment seuls. Sur sa joue, la gauche, le vent laisse doucement sa place au soleil ; sur la droite, il résiste. Le visage se coupe en deux, pile au niveau de l’arête du nez. Chaud à gauche ; frais à droite ; cela pourrait résumer les enjeux de cette élection. Mais pourquoi en être arrivée là, face aux éléments, vouloir troquer l’adversité primitive du jour qui point contre cette rivalité où la testostérone (réelle ou affirmée) n’a d’égale que la méchanceté primaire de petits hommes en mal de pouvoir ? Astrid soupire. Elle ne s’aime pas dans ce tailleur jupe grège ni dans ces escarpins rubis comme si la couleur de ses chaussures était en mesure de faire preuve du sens de son engagement. Tant qu’à exhiber du rouge, elle ferait mieux de le gommer de ses lèvres, de récupérer ses mules dans lesquelles ses pieds sont vivants, et de tirer de sa culotte le tampon mis en place ce matin, le tenir bien haut par la ficelle, sourire à son adversaire de deuxième tour et l’interpeller :
— Et ça, mon chou, c’est une fraise Haribo ?
Le con ! Non, Astrid doit penser et dire « couillon » ; c’est plus proche de la réalité même si en bouche cela fuse moins.
Le couillon ! Il a osé déclarer dans Le Quotidien d’usine qu’elle avait sacrifié sa féminité sur l’autel de la compétition politique, arguant qu’elle porte le tailleur avec autant de grâce que s’il s’agissait d’un bleu de travail. Cela dit tout ce qu’il pense des ouvrières, et des femmes, le plus réactionnaire qui soit. Si tout va bien, elle sera maire bientôt mais le couillon ne va pas la lâcher. Mais pourquoi s’est-elle présentée à cette élection ? N’était-elle pas heureuse à vivre chaque aurore sans besoin de tout gâcher la veille pour en savourer l’essence ? C’en est fichu de sa tranquillité, de ses heures passées à observer la translation du soleil d’ouest en est, dictant sa vitesse à l’Escargot qui glisse le jour durant sur le garde-corps pour ne pas en perdre une miette.
Son mollet la chatouille. Elle rouvre les yeux. La Limace s’y est collée laissant en route un peu de bave sur le cuir rouge des escarpins. Astrid plie le genou et la cueille au creux de sa main.
— Tu sais, Limace, que tu viens de bousiller mes chaussures à 150 euros ?
La Limace se marre. Cela fait des années qu’elle se réchauffe sur la peau d’Astrid quand le soleil est encore bas ; elle ne va pas s’arrêter pour une élection qui requiert (soi-disant) des tatanes qui ne valent pas leur prix.
— N’empêche Limace, je fais quoi maintenant ?
Astrid la dépose sur le bras du fauteuil en rotin. Jacques, l’infatigable militant de la cause ouvrière, vient la chercher dans un quart d’heure pour faire le tour des bureaux. Elle ne peut pas s’y rendre les chaussures souillées de bave. Son couillon d’adversaire n’avait pas complètement tort de dire qu’elle avait abandonné quelque chose à cette campagne ; mais ce n’est pas sa féminité qui n’a jamais été dans ses valeurs politiques ; ce serait plutôt son goût du pantalon de travail élimé et du pull bûcheron. Et si elle y allait ainsi vêtue ? De toute façon, les électeurs ont fait leur choix et les 10 % qui se décident dans l’isoloir font l’équilibre.
Durant cette longue campagne, ses anciens camarades de l’usine ont moqué ses « tenues de col blanc » tout en convenant qu’il fallait en passer par là pour faire bonne figure devant le préfet et les nantis du quartier des Lapins. N’est-il pas idiot de mettre en péril le résultat sur un coup de tête vestimentaire ? Il est presque 11 heures. Les urnes se remplissent. Les étals du marché regorgent de chalands. Tout est en train de se jouer. Astrid soupire ; elle va troquer le cuir rouge contre un plus clair et tout rentrera dans l’ordre. Elle porte sa main à son visage ; la Coccinelle s’y pose.
— Tu crois, vraiment ? La robe à fleurs bleues ? Ne fait-il pas un peu frais ?
La voiture de Jacques se gare sur le petit parking à l’entrée de la résidence. Astrid rejoint sa chambre, la Coccinelle toujours sur le dos de la main.
— Banco !
Aussi simplement qu’il lui a été difficile de se vêtir de sa tenue de candidate passe-partout, Astrid enfile la robe, le gilet qui va bien et des souliers à lacets confortables et résistants à la bave de Limace. Jacques sonne ; Astrid est prête. Elle le retrouve sur le palier non sans déposer au passage la Coccinelle dans une plante qu’elle aime bien.
— Tu es magnifique madame la maire !
— J’ai pensé au sortant, ce matin. Il veut de la féminité, il va en avoir !
— Je crois qu’il ne s’est pas remis de ta virée au volant de la pelle mécanique pour exploser sa première pierre. Il a annoncé un nouveau dépôt dès demain midi.
— Encore faut-il qu’il gagne cette élection ! J’aurais dû y aller en robe, ce jour-là. Ou en ras-la-moule.
— C’est vrai que c’en en aurait été que plus déstabilisant. À propos, les gars du syndicat ont refait une piqûre de rappel lors du changement d’équipe : ils te soutiennent à fond sur la réorientation « production et artisanat local » du bassin d’emploi.
— Tous ?
— Oui. Les inondations de la semaine dernière ont eu raison des partisans du « complexe commercial les pieds dans l’eau », c’est leur expression. Le centre-ville est resté au sec. Avec la départementale coupée trois jours, tous étaient bien contents qu’il y ait un boulanger, un tabac et un débit de boisson encore accessibles.
— Surtout la boisson, j’imagine…
— Et le tabac ! Ils se sont en plus rendu compte que le pain y est meilleur qu’au supermarché.
— Tout arrive ! J’espère obtenir les financements pour déménager le lotissement et rendre la zone humide à la biodiversité.
— On trouvera ! Mais il faut se faire élire, avant. On y va ?
Astrid jette un dernier coup d’œil en direction du balcon. Les rouges-queues font du raffut. Peut-être un chat qui passe pas loin ? Elle songe un instant que son projet est une pure folie. Elle a pourtant réussi à convaincre trois familles de s’installer en centre-ville dans des logements rénovés par la mairie. Les autres suivront-ils ? Ne pas avoir à circuler en barque plusieurs jours de l’année et ne pas voir une partie de ses meubles rongés par l’eau sont de bons arguments tant que cela ne leur coûte rien. Reste la question du petit bout de jardin et du parking pour la voiture auxquels ils sont tous très attachés…
— Madame ?
Astrid sursaute. La femme âgée qui se présente devant elle lui est inconnue.
— Excusez-moi de vous importuner. C’est à propos du centre commercial…
Astrid l’encourage d’un sourire.
— Je sais que vous n’en voulez pas mais, où je vais faire les commissions alors ? J’ai emménagé dans la résidence des Lilas avec la promesse d’avoir tout à proximité et, le centre-ville est loin.
— Nous avons pensé à un marché local, deux fois par semaine.
— Et pour le dépannage, la pharmacie ?
— Un service de livraison ? dans un petit dépôt ou chez vous ?
— Oh non ! je ne veux personne chez moi.
— Je comprends madame. Je crois que l’on peut trouver des solutions. Il suffit d’un peu d’imagination et de bonne volonté. Le centre commercial va vous amener beaucoup de voitures et de petits trafics…
— Mon fils dit que vous inventez cette histoire de trafics pour faire peur.
— Votre fils ?
— Le maire.
— Excusez-moi, madame. J’ignorais. Et vous, vous pensez que j’invente ?
— Quand j’habitais au centre, j’étais au-dessus du café Le National. Alors, les trafics, je connais !
— Votre fils en disait quoi ?
— Que je suis une vieille folle !
La dame rit.
— Vous viendrez me voir après l’élection pour discuter de comment vous organisez le ravitaillement des Lilas ? Et l’animation aussi. C’est bien, la périphérie campagnarde mais c’est un peu triste l’hiver.
— Je vous le promets, même si je ne suis pas la prochaine maire.
— Vous le serez !
— Si c’est vous qui le dites…
Jacques fait un signe à Astrid. Il est vraiment temps de partir faire le tour des bureaux. Elle remercie et salue la vieille dame, si réjouie par cette conversation que son blues du matin s’est envolé en même temps que le rouge-queue qui passe en rase-mottes au-dessus de sa tête, comme pour l’inviter à rejoindre fissa l’habitable et vaquer à ses devoirs électoraux. Pourquoi être maire l’obligerait-il à sacrifier ce temps contemplatif qu’elle aime tant ? Parce que les « politiques » sont tous des hyperactifs ? C’est à elle de ne pas céder à la pression, à renoncer à la toute-puissance qui les caractérise.
— Ce serait marrant que l’on renoue avec le transport à cheval.
Jacques manque lâcher son volant.
— Tu rigoles ?
— Non. Notre idée de traverse entre les quartiers peut très bien être assurée par des cheveux attelés.
— Quid du bien-être animal ?
— Il faut se renseigner. La campagne a besoin de circulation douce. On a beaucoup parlé vélo mais ce n’est pas adapté à cette dame, et à d’autres.
— Tu la vois dans une voiture à cheval ?
— Très bien ! Et toi aussi d’ailleurs. Moi, je prendrai un âne, c’est plus lent. Cela laisse le temps de sentir l’air du temps.
Un instant, Jacques songe que si cette femme est élue, le bourg va se transformer en village amish. Il en sourit. Il sait Astrid autant attachée à l’Internet haut débit qu’à la préservation des espaces naturels. Ce qu’elle propose est parfois si irréaliste qu’il se dit que cela peut marcher. Les électeurs en seront-ils d’accord ? C’est la question du jour ; le maire sortant a usé de toutes les roublardises politiciennes pour exercer un nouveau mandat, le quatrième. Il est temps de faire exploser le système ! C’est sa motivation première à servir de chauffeur à sa camarade d’emboutissage qui a fait ce choix étrange de cultiver son jardin et de se présenter aux municipales quand le patron a annoncé qu’elle devenait contremaître.
— Je n’ai jamais compris pourquoi tu es partie de l’usine pile le jour de ta promotion.
— Parce que je n’avais pas envie de participer à l’enrichissement des actionnaires en faisant trimer les autres.
— Mais en même temps, tu veux diriger la ville…
— C’est comme cela que tu perçois ma candidature ?
— En fait, non. Je ne sais pas trop. C’est comme ça que les politiciens font.
— Et tu crois que je ferai comme eux ?
— La fonction crée l’organe.
— C’est évident, et je compte sur toi pour me rappeler à l’ordre si je transforme mon mandat en moyen de coercition. Si le referendum avait donné gagnant le centre commercial, je ne serais pas allée contre. Je ne veux pas décider à la place des autres. Je souhaite juste essayer que se dégage un intérêt général plus en conformité avec le développement durable et le bien-être des choses simples.
— Je ne suis pas sûr d’avoir autant que toi envie de bouger les lignes même si je rêve de tout faire péter.
— Ah ! le privilège de mâle !
— Et de blanc !
Ils rient. Devant eux, la façade de la mairie se profile. Une petite foule se presse aux étals du marché installé sur le parvis. Sur le côté, le va-et-vient des électeurs est continu. Jacques gare son auto.
— Il faudra penser aux auges et aux rations d’avoine dans les parkings à chevaux. Avec un abri, aussi…
Astrid sourit.
— On y pensera.



Cy Jung, 6 juillet 2020®.

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