LexCy(que)

Concordance des temps



Cy Jung — LexCy(que) — Concordance des temps

Ma phrase [*] : Les secours auraient sans doute été déclenchés plus tôt même si, avec la nuit et le brouillard, leur efficacité avait été réduite.

Cy Jung — Piste roseJe publie un article du LexCy(que) par mois (à une époque, j’en publiais plus) et compile depuis toujours dans un fichier des sujets en attente. Cette phrase date de 2010, elle a donc vingt ans et son ancienneté sans être passée dans le fichier « LexCy(que) en cours » dit combien la concordance des temps me laisse perplexe. En général, je me fie à mon intuition, et à Antidote tant je crois n’avoir jamais vraiment compris le fonctionnement de ce pan entier de notre grammaire. On peut considérer que je suis bête (à manger du foin) ; ce que Petit Mouton considère comme une qualité. Je crois surtout que le sujet ne me passionne pas.
J’écris la plupart de mes textes au présent, ce qui facilite une utilisation intuitive de la concordance des temps. Mes roses, par contre sont écrits au passé à grand renfort d’imparfaits du subjonctif dont je me délecte ; ils participent au mode parodique que j’ai adopté, dans un mélange d’archaïsmes, de phrases trop longues et d’adverbes à rallonge. Ne serait-il pas temps que j’affronte le sujet ? Je dois à une remarque qui m’a été faite sur « [#89] Ce que l’on ne fait qu’à Nice (V-01) » de m’être replongée dans le sujet.
Il y avait cette phrase : « Il ne faut surtout pas qu’elle raconte à Sylvette depuis quand elle n’a pas fait l’amour avec une femme, elle craindrait que l’argument ne soit pas en sa faveur. » Fallait-il écrire « craindrait » ou « craint » ? C’était affaire de sens ; j’ai donc laissé le conditionnel mais, en même temps, j’ai interrogé Antidote en lui proposant « ne fût pas », imparfait du subjonctif en lieu et place du présent ; il n’y a pas vu de faute, mais mon interlocutrice si. Son argument : la proposition principale est au présent ; la subordonnée doit l’être itou. J’avoue que je n’en sais rien. Comme mon texte n’est pas un rose redondant d’archaïsme, j’ai adopté le présent du subjonctif (ce d’autant qu’il est largement accepté dans la langue courante), laissant la question en suspens.
J’y reviens donc.

Au départ était cette phrase de Piste rose qu’une relectrice a transformée en « eut été réduite ». Antidote, qui considère comme juste « avait été », indique sur « eut été » : « Eut été réduite est le passé antérieur de réduire. S’il décrit une action antérieure à une autre action passée, il est bien écrit. Mais si on peut le remplacer par aurait été réduite, alors c’est un conditionnel passé, et eut prend l’accent circonflexe. » Dans ce cas, je choisirais plus « eût été » ; mais pourquoi pas « avait été » ?
Nous sommes là dans deux cas bien différents de ma nouvelle mais comme ils me font le même effet, je les groupe. Pour dire quoi ? Pas grand-chose à part que j’ai l’impression de ne rien comprendre à la subtilité des temps, donc à leur concordance. Je m’apprête à publier mon quatorzième ouvrage, on peut donc le considérer. Ne pourrais-je pas, au moins essayer de comprendre ? Je cherche pour cela une petite bible, simple, rapide, à lire, et mémorisable. Cela en fait des conditions !

Je commence par aller lire la Banque de dépannage linguistique, souvent très claire, concise et accessible. Voici l’article sur la concordance des temps.
Dès le premier cas, je me retrouve dans celui de ma nouvelle : « Le verbe de la principale est au présent de l’indicatif ou au conditionnel présent : le verbe de la subordonnée doit alors se mettre au présent. » J’ai donc bien fait de suivre l’avis qui m’a (m’avait ?) été donné ; mais cela n’explique pas pourquoi Andradite acceptait le passé. Je continue à lire… suspense !
« Si, toutefois, l’action exprimée par le verbe de la proposition subordonnée est antérieure dans le temps à celle exprimée par le verbe au présent de l’indicatif de la proposition principale, le verbe de la subordonnée sera le passé du subjonctif, afin de marquer cette antériorité. » C’est précisément à ce type d’instant que je me gratte la tête. À la deuxième lecture, je comprends que si l’argument n’était pas en sa faveur avant qu’elle ne le craignît, alors l’imparfait du subjonctif se justifierait. C’est ça Caddie ?
Étant à cet instant seule avec lui, il est mon référent et hormis la concordance des roulettes… Passons. Il me semble que poser la question sur cette phrase n’a pas de sens et que si Antidote accepte cet imparfait du subjonctif c’est parce que s’il connaît les mécanismes, le sens produit parfois lui échappe. Voilà déjà un mystère de levé. Quoique… L’exemple de la BDL est « La direction doute que le personnel ait été informé régulièrement. (L’action de la subordonnée précède celle de la principale.) » et ma phrase « elle craindrait que l’argument ne soit pas en sa faveur » ; pour qu’elle puisse le craindre, ne faut-il pas que l’argument existe au préalable, comme l’information dans l’exemple de la BDL ? D’un autre côté, c’est assez simultané de produire un argument et un sentiment sur cet argument produit. La fraction de seconde est-elle prise en compte dans la concordance des temps ?
Quand je vous dis que c’est compliqué…
Caddie ! Je tranche comment ?
— Dans le lard !
Caddie ! Sois sérieux…
— Surtout pas !
Donc. Pour l’instant, je laisse mon subjonctif présent et enverrai cet article à la lectrice qui m’a fait la remarque sur cette phrase. Je ferai un addenda si besoin. J’adore les addenda !

Et ma phrase de Piste rose, alors ? La revoici :
« Les secours auraient sans doute été déclenchés plus tôt même si, avec la nuit et le brouillard, leur efficacité avait été réduite. »
Là, j’avoue je suis infichue de dire l’ordre temporel dans lequel ces deux actions se déroulent. Mais je n’ai pas fini de lire l’article de la BDL. J’en arrive au « deuxième cas » : « Le verbe de la principale est au passé de l’indicatif ou du conditionnel : le verbe de la subordonnée se met alors, en principe, à l’imparfait du subjonctif. Dans ce cas, il est toutefois admis d’employer le présent du subjonctif ou le passé du subjonctif. » ; ça, je sais. Suis une affaire d’antériorité un peu dans le même genre que la précédente.
Cela ne règle pas mon problème, ne serait-ce que parce que je suis dans une proposition introduite par « si ». Il semble qu’il s’agisse là d’une question bien différente mais qui s’y rattache tout de même. Voici l’article de la BDP sur le conditionnel dans les phrases hypothétiques. Et me voilà égarée, perdue ; qui vient à mon secours ? J’aurais pu faire une phrase plus simple, cela m’aurait aidée. Dans la version publiée de Piste rose, corrigée en son temps par une professionnelle, « avait été réduite » a été conservée. Dont acte.

Tout ça pour quoi, au final ? Plus de questions que de réponses, à l’évidence.
Dans la version light du Grevisse (le Précis, donc), il y a un tableau que je regarde de temps en temps. C’est le même que sur le site de Cordial, un concurrent d’Antidote. Je me le garde en stock et continuerai à faire confiance à Antidote tout en m’interrogeant un peu plus… Si j’y pense !


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[*Phrase extraite de Piste rose, V8, juin 2010.


Information publiée le dimanche 25 octobre 2020.

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