LexCy(que)

Sans (+ nom)



Cy Jung — LexCy(que) : Sans + nom

Ma phrase [*] : « Et moi qui cherche à aimer tout simplement, sans raison, juste parce que c’est bon. »

Cy Jung — Un roman d'amour, enfinL’accord du nom qui suit « sans » m’est toujours un souci : je ne sais jamais si je dois le mettre au singulier ou au pluriel. Je fais donc une recherche à chaque fois et, dans cet exemple, ai choisi le singulier puisque le Petit Robert l’indique ainsi dans les locutions formées sur « raison ».

En dehors des locutions invariables type « sans vergogne », si je ne trouve pas d’exemple dans un dictionnaire, je cherche à appliquer ce qu’Antidote nomme le « Nombre du nom en contexte négatif », c’est-è-dire ceux introduits par « sans », « faute de », « à défaut de », « en l’absence de » voire « pas de ». Le principe est simple : pour connaître le nombre du nom, on se pose la question de savoir s’il y en aurait un ou plusieurs s’il y en avait. On note également que les non-comptables restent au singulier (« compote sans sucre »).

Cy Jung — Once upon a pouletteExemples :
* « Elle a la dégaine d’une hôtesse qui vous porterait à aller prendre l’air, sans parachute, hors de l’appareil. » (Once upon a poulette, 1998, p. 22). Si elle [Jeanne] avait un parachute, elle n’en aurait qu’un sauf si l’on compte le parachute ventral. L’usage veut pourtant que l’on parle de « un parachute » là où il en a deux… Le singulier s’impose donc.
* « Pas de voisins, peu de connaissances, un périmètre d’existence bien délimité, trois grand-mères dévouées à la distribution de miettes, des journées parfaitement orchestrées, une sexualité dénuée de surprise, une alimentation saine : tels sont les ingrédients d’une vie tranquille, sans fard ni soucis inutiles. » (Once upon a poulette, 1998, p. 52). Ici, « sans fard » est à l’évidence au singulier, la locution étant d’ailleurs établie (Antidote) là où « sans soucis » peut prêter à discussion : s’il [Pigeon n°328] avait des soucis, en aurait-il un seul ? La réponse est dans la question… et le pluriel me paraît de mise mais… Le Petit Robert établit « sans-souci », invariable et avec très d’union. Ce n’est pas mon exemple et comme l’auteur garde un peu de latitude, ici, je maintiens mon pluriel.
* « Bénie soit cette jeune fille qui vient de sauver l’ordre immanent des choses, sans témoin, tout en abrégeant l’agonie des orphelins. » (Once unpon a poulette, 1998, p.70). Ici, nous sommes dans le cas où bien sûr, s’il y en avait, il pourrait y en avoir plus d’un. Mais l’on considère en général que pour qu’il y en ait (dans l’exemple, des témoins), un seul suffirait : on garde donc le singulier.
* « Et voilà un dimanche de passé, sans larmes, sans crise. » (Once upon a poulette, 1998, p. 188). Dans ce dernier exemple, j’aurais pu mettre « larme » un singulier, si j’avais voulu dire « sans verser une seule larme ». Ma phrase veut avoir un sens différent : elle indique que Jeanne n’a pas pleuré de toute la journée. « Larmes » prend ainsi le pluriel mais il s’agit d’un choix d’auteur, pas de l’application (dérogatoire ou conforme) d’une règle. Ceci pour dire que l’essentiel n’est pas le pluriel ou le singulier mais bien d’en maîtriser le choix.

Pour finir, vous trouverez ci-dessous une liste non exhaustive d’usage de « sans + nom » par ordre alphabétique, exemples à la clé. Je ne vous propose que ceux établis par les dictionnaires et dont j’ai trouvé l’usage dans mes textes publiés.


Cy Jung — Archipel Cy Jung — Tu vois ce que je veux dire Cy Jung — Qu'est-ce qu'elle me veut ? Cy Jung — Es ist eine poulette Cy Jung — Hétéro par-ci, homo par le rat Cy Jung — Camellia rose Cy Jung — Bulletin rose Cy Jung — Carton rose Cy Jung — Cul nu, courts érotiques Cy Jung — Diadème rose Cy Jung — Mathilde, je l'ai rencontrée dans un train

* Sans accroc (Antidote ; Petit Robert) : cela me permet de relever une coquille dans ma nouvelle « Comment lui dire ? », que je corrige : « Elle trace une ligne, droite, qui monte sans accroc ni précipitation vers le ciel. » (in : revue Archipel (23), 2003, p.63).
* Sans ambages (adverbe) : « Je puis l’affirmer sans ambages, je n’ai aucun don de ce type et rien ne me permet de prétendre que mon sixième sens serait particulièrement développé. » (Tu vois ce que je veux dire, 2003, p. 57).
* Sans borne(s) (Antidote singulier ; étrangement, le Petit Robert le signale comme locution adverbiale en proposant le singulier ou le pluriel) : « Ne souhaitant pas qu’elle me délogeât de là à grands coups de « Ça va ? », je me décidai enfin à affronter la réalité, en l’espèce le désir sans bornes d’une femme qui incarnait l’inaccessible et qui très bizarrement semblait s’accommoder de ma personne. » (« Qu’est-ce qu’elle me veut ? », in : Attirances, lesbiennes fems, lesbienne butchs, 2001, p. 188).
* Sans colorant(s) (Antidote singulier ; Petit Robert pluriel) : je me souviens qu’avec Pascale, nous avions longtemps discuté de ce « sans colorants », choisissant au final le pluriel du Petit Robert considérant que l’industrie agroalimentaire en est friande, « conservateur », lui, étant considéré comme un non-comptable ; aujourd’hui je mettrais certainement le singulier : « La simple vue du rayonnage accueillant la compote sans colorants ni conservateur dissipe ses illusions. » (Es ist eine Poulette, 2000, p. 62).
* Sans condition (Petit Robert) : « À le perdre [l’amour], on souffre sans condition, on souffre de ne pas être aimé ; on souffre de ne pas aimer soi-même. » (Un roman d’amour, enfin, 2008, p. 39).
* Sans conséquence (adverbe) : ce singulier me permet de relever une coquille dans Hétéro par-ci, homo par le rat, que je corrige ici ; « Cette découverte fut sans conséquence notoire sur la contagion. » (1999, p. 23).
* Sans délai (Petit Robert) : « Je vous prie à présent d’issir sans délai, ce pot de retraite ne pouvant supporter plus longtemps votre médiocrité. » (Camellia rose, 2009, p. 9).
* Sans détour (adverbe) : « Ceux [les yeux] de Claire lui répondirent sans détour que la double caresse était aussi insupportable que délicieuse et que si jamais elle arrêtait, elle ne le lui pardonnerait jamais. » (Bulletin rose, 2005, p. 136).
* Sans difficulté (Petit Robert) : cela me permet de relever une coquille dans Carton rose que je corrige « Non sans difficulté, elle gara sa Twingo sur le bas-côté, sortit ses affaires du coffre et trottina en direction des joueuses. » (2003, p.24).
* Sans doute (adverbe) : « Elle est heureuse : excès d’eau parfumée, sans doute ! » (Once upon a poulette, 1998, p. 62).
* Sans effet (Antidote) : cela me permet de relever une coquille dans Tu vois ce que je veux dire, que je corrige : « J’affinerai alors l’hypothèse selon laquelle celle-ci ne peut être sans effet sur ma façon d’être, hypothèse dont je traiterai, dans une sixième partie, à travers des exemples où il me semble que mon attitude et celles des autres sont directement liées à ma déficience visuelle. » (2003, p. 14).
* Sans égal (s’accorde en genre, Grevisse) : « Les blogs LGBT sont nombreux et offrent une visibilité sans égal à la culture homosexuelle. » (« Sans égal », article du LexCy(que), 9 décembre 2008).
* Sans égard (Andidote) : cela me permet de relever une coquille dans « Sous-cul », nouvelle de Cul nu, courts érotiques, que je corrige ici ; « Elle a ouvert le robinet, mis le bouchon puis a lavé mon corps de pied en cap sans égard pour mes vêtements. » (2000, p. 2).
* Sans encombre (adverbe) : « Ils l’exécutent donc et Jeanne se retrouve sans encombre — moins un bleu au genou — dans le coffre de la voiture de Marco. » (Once upon a poulette, 1998, p. 101).
* Sans faille (Antidote ; Petit Robert) : « Elle n’en doutait pas : Son Bilou l’aimait d’un amour sans faille et c’était si précieux qu’elle le dorlotait comme jamais elle n’avait à ce jour dorloté personne. » (Diadème rose, 2007, p.10).
* Sans-gêne (Adjectif et nom invariable, Petit Robert) : « Tant de sans-gêne de la part d’une femme qui, à l’instar de tous les autres, l’avait purement et simplement abandonnée alors qu’elle savait qu’elle était en train de mourir sortait de son entendement. » (Camellia rose, 2008, p. 45).
* Sans heurts (Antidote, Petit Robert) : « L’expérience est de leur côté : cela fait deux semaines qu’elles partagent l’appartement de Gaëlle, sans heurts, sans tension.  » (Hétéro par-ci, homo par le rat, 1999, p. 106).
* Sans incidences (Petit Robert) : « Elle me rassure : mon humeur est sans incidences sur ma capacité à lui procurer du bonheur. » (Un roman d’amour, enfin, 2008, p. 34).
* Sans incident (Petit Robert) : « Sans incident majeur, doucement, sans éclat de voix, petit à petit, le nazillon faisait son nid. » (Hétéro par-ci, homo par le rat, 1999, p. 15).
* Sans lendemain (locution adjectivale invariable, Antidote) : « Elle se sent tout chose, partagée entre le désir de Zoé, la crainte que cette histoire ne soit qu’un songe sans lendemain et la peur de la solitude que l’autre, loin de combler, met trop fort en évidence. » (Once upon a poulette, 1998, p. 68).
* Sans ménagement (Antidote ; Petit Robert) : cela me permet de relever une coquille dans Diadème rose, que je corrige : « Pas de ça, le coupa-t-elle sans ménagement. » (2007, p. 26).
* Sans mot dire (adverbe) : « Elle la caresse doucement, sans mot dire, juste pour marquer sa présence. » (Once upon a poulette, 1998, p. 157).
* Sans motif (Petit Robert) : « Je chipote, j’ergote, je pinaille, sans motif valable. » (Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train, 2005, p. 6).
* Sans-papiers (Petit Robert) : j’intègre ici ce qui est devenu un nom qui même au singulier prend le pluriel (puisque l’on a « des papiers ») sauf si l’on préfère utiliser le pluriel rectifié que propose Antidote (« sans-papier » au singulier, donc) ; « — Vous régularisez les sans-papiers de Saint-Bernard si je vous dis où est le problème ? » (Es ist eine Poulette, 2000, p. 113).
* Sans paroles (Petit Robert) : « Elle [maman] me gâte : c’est un spectacle sans paroles, un mixte entre l’expression corporelle, le mime et la jonglerie. » (Tu vois ce que je veux dire, 2003, p.163).
* Sans problème (Petit Robert) : cela me permet de relever une coquille dans « Se pogner le cul », nouvelle de Cul nu, courts érotiques, que je corrige ici ; « Si tu limitais ta tabagie, tu monterais sans problème. » (2000, p. 132).
* Sans raison (locution, Petit Robert) : « La peste cessa de faire des victimes sans raison apparente. » (Hétéro par-ci, homo par le rat, 1999, p. 24).
* Sans réponse (Petit Robert) : « Jeanne retrouve une sérénité tout intérieure qui la porte vers une spirale de questions sans réponse. » (Once upon a poulette, 1998, p. 63). Note : Ici, j’aurais pu néanmoins mettre un pluriel, puisque j’ai des questions… mais comme chacune n’aurait qu’une réponse, j’ai choisi le singulier. Dans Bulletin rose, j’avais choisi le pluriel : « Tout cela était insupportable, ces désirs, ces sentiments, ces questions sans réponses ! » (2005, p. 117) ; aujourd’hui, je pense que j’aurais préféré un singulier.
* Sans reproche(s) (locution adjectivale, Antidote ; Petit Robert) : « Elle se cramponne au présent, au désir, à ces bras qui se tendent vers elle pour y plonger, tête la première, sans peur et sans reproche, sans se demander à quoi cela peut bien servir. » (Once upon a poulette, 1998, p.81).
* Sans risque (Antidote ; Petit Robert) : cela me permet de relever une coquille dans « Faire boutique mon cul », nouvelle de Cul nu, courts érotiques, que je corrige ici : « Si elle souhaite se taper une fille, qu’elle assume, mais qu’elle n’abuse pas de sa situation pour s’offrir une petite réjouissance sans risque. » (2000, p. 147).
* Sans scrupule(s) (locution adjectivale, Antidote) : « Il veut fuir cet endroit, cette ville qui pue le malheur et la crasse, cette prison dorée où règne en maître une engeance d’assassins sans scrupules : les humains. » (Once upon a poulette, 1998, p. 118).
* Sans solution (Petit Robert) : « L’épisode s’achève, sans solution. » (Once upon a poulette, 1998, p. 45).
* Sans(-)souci (« sans souci » Antidote ; le Petit Robert signale « sans-souci » nom ou adjectif invariable) : « — Tu peux me dire pourquoi je pense que l’amour est moins beau quand il se vit sans souci ? » (Un roman d’amour, enfin, 2008, p. 105).
* Sans suite (adjectif invariable, Antidote) : « Aujourd’hui, un dossier de viol en réunion qui me tenait à cœur a été classé sans suite. » (Es ist eine poulette, 2000, p. 114).
* Sans surprise(s) (Antidote, singulier ; Petit Robert, variable) : « Le plan est sans surprise. » (Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train, 2005, p. 116).
* Sans vergogne (adverbe) : « La fille de Cro-Magnon se met sur un coude, observe un moment sa camarade de jeu et, sans vergogne, pose sa main sur son ventre. » (« Cucul la praline », in : Cul nu, courts érotiques, 2000, p. 26).


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[*Phrase extraite de Un roman d’amour, enfin, (2008) p. 30


Information publiée le vendredi 2 octobre 2009.

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