LexCy(que)

Concert de conserve



Cy Jung — LexCy(que) : Concert de conserve

Ma phrase [*] : Les deux jeunes femmes éclatèrent de rire de conserve, ne ménageant pas leurs roucoulements ni leurs commentaires sur les joies de la vie à la montagne.

Cy Jung — Piste roseJ’utilise toujours « de conserve » là où d’aucuns aimeraient lire « de concert ».
La rumeur veut en effet que « de conserve » ait été transformé en « de concert » comme « Parler français comme un Basque l’espagnol » est devenu « Parler français comme une vache l’espagnol ». J’y ai moi-même succombé, considérant que « de conserve » était un archaïsme qu’il me plaisait, comme souvent, d’utiliser, sans trop me préoccuper du pourquoi du comment, étant entendu que je ne suis parfois pas étrangère à une certaine paresse (si si !).
En réalité, les deux expressions n’ont pas le même sens : « de conserve », locution maritime, désignait initialement deux bateaux naviguant bord à bord ; elle a le sens aujourd’hui de « ensemble ; en compagnie de » (le Petit Robert ; Antidote) là où « de concert » indique une « collaboration étroite » (Antidote) ou « en accord » (le Petit Robert), « concert » signifiant ici « action de se concerter ». La nuance est délicate et, si je reprends ma phrase, les deux locutions seraient possibles tout en infléchissant le sens.
Je garderai ici « de conserve », considérant qu’il est plus question ici de compagnie que d’accord.

Cy Jung — Once upon a poulette Cy Jung — Hétéro par-ci, homo par le ratJ’en profite pour faire une petite revue des usages que j’ai pu faire de la locution « de conserve » afin de voir si j’ai été si paresseuse que cela.
Dans Once upon a poulette, je trouve « Au petit matin, ils s’éloignent de conserve vers des cieux plus beaux, plus bleus et des promesses de coïts ininterrompus. » (1998, p. 74) ; il me semble ici que le « de conserve » est incontournable comme il le serait dans cette phrase de Hétéro par-ci, homo par le rat : « Aussitôt ils pleurent de conserve. » (1999, p. 191) bien que dans cet exemple, on puisse imaginer que ces pleurs relèvent aussi de l’accord des sujets. Voici le passage :
« Léa se glisse sous la couette. Il ouvre un œil, puis l’autre. Aussitôt ils pleurent de conserve. Élimination de la peur accumulée. Rétrocession de l’amour acquis. »
J’avoue que je ne saurais trancher, peut-être parce que je ne suis plus dans ce roman-là et que les choix faits au moment de l’écriture, une fois le livre publié, s’imposent et qu’il n’appartient justement plus à l’auteur d’en discuter. Je laisse donc mes concerts de conserve en l’état, en me promettant à l’avenir, d’être moins systématique dans l’usage de « de conserve » et d’y réfléchir à deux fois. Cela me promet quelques grattages de tête (le plus souvent entre nuque et oreille droite) mais comment prétendre autrement maîtriser ses textes ?
Ah ! que j’aimerais que l’écriture supporte parfois la paresse. Et pourquoi pas, finalement ? C’est un vaste débat !


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[*Phrase extraite de Piste rose, manuscrit, V2, septembre 2009.


Information publiée le vendredi 13 novembre 2009.

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