LexCy(que)

Se jurer (que c’est difficile l’accord du participe passé !)



Cy Jung — LexCy(que) : Se jurer (que c'est difficile l'accord du participe (...)

Ma Phrase [*] : Il ne fallait pas être pessimistes : elles s’étaient juré ; elles allaient.

* Développement initial (28 novembre 2009)
* Addenda (8 janvier 2010) : S’y faire

Cy Jung — Piste roseL’accord du participe passé des verbes pronominaux m’est toujours source de questions. Ce que j’en ai retenu jusqu’à présent, c’est que cet accord obéit aux mêmes règles que celles applicables à l’accord du participe passé avec l’auxiliaire « avoir » et qu’il ne faut pas succomber à un accord trop rapide avec le sujet, accord que suggère pourtant l’auxiliaire « être ».
Autrement dit, il convient de chercher le COD (complément d’objet direct) et s’il est placé avant l’auxiliaire, alors l’accord se fait. Appliqué à ma phrase, cela donne : elles s’étaient juré quoi ? De ne pas être pessimistes. Il n’y a donc pas de raison de faire un accord quelconque, et surtout pas avec le sujet « elles » le « se » répondant à la question « à qui ? ».

Antidote me confirme cette règle (merci !) dans une formulation plus académique et en proposant cette procédure :

1/ Chercher le COD. S’il y en a un, le participe passé s’accorde avec lui s’il est placé avant. S’il n’y en a pas, on passe au point 2.
Exemple : « Au départ, elle n’avait pas cherché à sortir du cadre qu’elle s’était elle-même imposé. » (« cadre » est le COD de « s’imposer » ; le participe passé reste au masculin).

2/ On s’interroge alors sur le rôle du pronom réfléchi. S’il est COI (il répond à la question « à quoi, à qui ? »), alors le participe passé reste invariable. C’est le cas de ma phrase. Si le pronom réfléchi est COD (il répond à la question « quoi, qui ? »), alors le participe passé s’accorde en genre et en nombre avec le sujet.
Exemple : « S’était-elle fâchée avec Stéphanie ? » (il n’y a donc pas de COD et le pronom réfléchi répond à la question « qui ? »)

Comme il fallait une exception, la voici : Le participe passé des verbes « se plaire », « se complaire », « se déplaire » et « se rire » est toujours invariable, peu importe le rôle du pronom complément. Il n’est pas sûr que j’aie jamais appliqué cette exception ! Je vous dirai si je croise des coquilles de ce type dans mes romans.
Et je vous propose un dernier exemple qui rassemble les deux cas de figure : « Elle s’était fait un thé, s’était installée dans le canapé, la jambe posée sur la table basse du salon, prête à entamer sa lecture. »

Note : En cherchant des exemples, je tombe sur cette phrase : « Payer ne lui faisait pas peur et si la soirée s’était mal terminée, c’était parce que la dame s’était révélé être un monsieur (…). »
Pronominal ou pas, la règle qui s’applique sur « se révéler » est celle du participe passé suivi d’un infinitif [Grevisse §951], règle somme toute assez complexe. J’aurai l’occasion d’y consacrer de plus amples développements et pour cette fois, je vous la livre brute : « Le participe passé conjugué avec avoir et suivi d’un infinitif (avec ou sans préposition) s’accorde avec le complément d’objet direct qui précède quand l’être ou l’objet désignés par ce complément font l’action exprimée par l’infinitif.  »
Ce que j’en comprends, c’est que le COD, ici le pronom réfléchi, est celle qui est un homme (elle ferait donc l’action exprimée par l’infinitif) et, par conséquent, l’accord doit se faire avec le pronom réfléchi, donc le sujet de « se révéler » puisque nous sommes dans le cas d’un pronominal. Ouf ! Je m’en gratte la tête, mets provisoirement « révélé » au féminin et envoie le lien sur cet article à Pascale qui aura sans doute des choses à dire !
Cette phrase-là devient donc : « Payer ne lui faisait pas peur et si la soirée s’était mal terminée, c’était parce que la dame s’était révélée être un monsieur (…). »

Note : Hélène me signale une très jolie coquille dans mon texte reproduit en illustration ; je laisse les aficionados de l’accord du participe passé la trouver ! Et si vous ne trouvez pas, dites-moi ; je vous dirai.

Addenda (8 janvier 2010) : S’y faire

Ma phrase [**] : Puis, elle s’y était fait, apprenant également à accepter que l’amour de sa vie entretînt de longues conversations avec la cafetière, l’aspirateur, la paume de la douche, son propre côlon ou pire encore, le chien du voisin qui semblait adorer ça puisqu’il cessait d’aboyer — miracle ! — et couinait comme un chiot joueur, tournant la tête de droite et de gauche comme pour participer à la conversation.

Au détour de mes corrections, je me demande si je ne devrais pas accorder le participe passé « fait » avec le pronom réfléchi, considérant qu’il s’agirait là de la conjugaison du verbe « faire » en mode pronominal, avec le pronom réfléchi COD. Dit comme cela, c’est presque évident mais, à l’oreille, l’accord sonne mal. Ce n’est pas un argument mais peut-être que cela suggère soit que le verbe « faire » génère un accord particulier (ce qui n’est pas rare), soit que le pronom « y » puisse jouer un rôle qui modifierait la règle ?

Pour ce qui est du verbe faire, Antidote ne m’aide pas à confirmer l’hypothèse d’un accord possible entre participe passé et pronom réfléchi, car pour illustrer la forme pronominale, il propose « Elle s’est fait de nombreux amis. » Nous sommes ici dans le cas de la présence d’un COD (« de nombreux amis ») et l’accord avec le pronom réfléchi ne se fait logiquement pas. Le Petit Robert, dans sa table de conjugaison, répond par contre à ma question en ouvrant la possibilité d’un accord du participe passé.
Voilà une première question de réglée. Pour ce qui est de l’influence de « y » sur cet accord, je me tourne vers le Grevisse [§675-680], y découvre que « y » est un objet grammatical complexe et que, dans le cas qui m’occupe, il serait simple COI du verbe. Ainsi, sa présence ne devrait pas jouer sur mon accord. Je cherche des exemples dans les dictionnaires pour le confirmer. Je ne trouve cette construction ni dans Antidote, ni dans le Petit Robert, ni dans le XMLittré. J’en conclus que rien ne s’oppose à l’application de la règle, sans tenir compte de la présence particulière de « y ».

Je corrige donc mon accord et ma phrase devient : Puis, elle s’y était faite, apprenant également à accepter que l’amour de sa vie entretînt de longues conversations avec la cafetière, l’aspirateur, la paume de la douche, son propre côlon ou pire encore, le chien du voisin qui semblait adorer ça puisqu’il cessait d’aboyer — miracle ! — et couinait comme un chiot joueur, tournant la tête de droite et de gauche comme pour participer à la conversation.


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[*Phrase extraite de Piste rose, manuscrit, V2, septembre 2009. Les autres exemples de cet articles sont tirés du même manuscrit.

[**Phrase extraite de Piste rose, manuscrit, V3, novembre 2009.


Information publiée le vendredi 8 janvier 2010.

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