LexCy(que)

Prêt à / Près de



Cy Jung — LexCy(que) : Prêt à / Près de

Ma phrase [*] : Et mon désir de toi, lui, n’est pas près de se tarir.

Je me souviens qu’il m’a fallu attendre Un roman d’amour, enfin pour me poser la question de la préposition permettant de construire la locution « près ? + infinitif » (« sur le point de »), étant entendu que dans une construction avec un nom (« à proximité »), le « de » me semblait évident. J’avais dans l’oreille un « prêt à »… « Prêt » ou « près »… La question se corsait.
La réponse me paraît aujourd’hui assez simple et cet article sera sans doute à ranger dans la catégorie de ceux que je mets en ligne pour être sûre de fixer la règle.

« Près », selon Antidote, signifie « à une courte distance ». Il permet donc de construire une locution « près de » qui a un sens propre (« à proximité de ») et quelques autres sens : « un peu moins de » ; « faillir faire » pour les plus usuels : « auprès de » et «  en comparaison de » dans des usages vieillis. Quid de mon « sur le point de » ?
Le Grevisse me donne la réponse dans un paragraphe où il est justement question de « prêt à » et de « près de » (§363-b) : « L’infinitif complément de prêt « préparé, disposé » se construit d’ordinaire avec à (…) ». Plus loin, « Prêt à est donc distingué de près de, locution prépositive qui, suivie d’un infinitif, exprime la proximité dans le temps et signifie « sur le point de » ». Tout est dit, ou presque puisque le Grevisse indique aussitôt que le style littéraire admet un « prêt à » dans le sens de « sur le point », « sens qui, d’ailleurs, ne se distingue pas toujours nettement de « disposé à » » et un « prêt de » au sens de « sur le point de »……

Je reprends mon Roman d’amour, enfin.
* « Derrière moi, je sens Mazarine attendre la fin de la tourmente, prête à essuyer une avalanche de grêlons. » (p. 104).
* « Le vent au-dehors renverse un parasol. Nous ne sommes pas près de sortir ; j’éprouve pourtant un furieux besoin de me dégourdir les jambes. » (p. 17)
Dans ces deux exemples, le distinguo entre « disposé à » (« être prêt », en quelque sorte) et « sur le point de » me paraît relever du cas d’école mais… Le hic, avec ce genre de questionnement, c’est que plus on tourne la question, moins, en général, la réponse apparaît clairement.

Ma tentative de clarifier la situation aura-t-elle été vaine… ? À force d’appliquer « près de » et « prêt à », je sais déjà que je pourrai pas succomber à un « prêt de ». Pour le reste, en ce qui concerne mon désir, il ne peut ni être « près de », ni être « prêt à » se tarir mais je préfère qu’il ne soit pas « près de », car s’il était « prêt à », il me semble que ce serait le commencement de la fin !
C’est déjà cela de pris… sur la grammaire !


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[*Correspondance privée ; décembre 2009.


Information publiée le samedi 30 janvier 2010.

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