LexCy(que)

S’ensuivre / S’en suivre



Cy Jung — LexCy(que) : S'ensuivre / S'en suivre

Ma phrase [*] (attention ! elle est longue) : Bobie sauta hors du lit, fila sous la douche où elle aspergea son sexe d’eau froide — « Au secours ! l’abstinence revient. » cria-t-il, plein de dépit —, mesura sa glycémie — qui semblait ne pas trop souffrir de l’excès de fromage cuit et de tarte aux myrtilles —, salua ce résultat d’un large sourire, en rata à moitié sa piqûre, rouspéta contre le bleu qui allait s’en suivre, s’habilla, vérifia qu’elle avait tout le nécessaire et fila jusqu’au réfectoire déjà équipée pour le ski, sans même faire une pause par la chambre de Dene et Francine qui lui avaient annoncé la veille qu’elles avaient l’intention de dormir un peu et lui avaient donné directement rendez-vous à midi au Chalet du Mont haut.

Cy Jung — Qu'est-ce qu'elle me veut ? Cy Jung — Piste roseJe peine toujours à distinguer le verbe « s’ensuivre » (verbe défectif) de la construction « s’en suivre ». Je me souviens que la question s’était déjà posée dans « Qu’est-ce qu’elle me veut ? », la nouvelle que j’ai écrite pour le recueil collectif Attirance, lesbiennes fems, lesbiennes butchs : « Emboîtées l’une dans l’autre, nous avons parcouru une bonne partie du salon, elle dessous, moi dessus, elle dessus, moi dessous et ainsi de suite jusqu’à ce qu’éclats de rire s’en suivent. » (2001, p. 188).
Pascale m’avait, sur des arguments que j’ai oubliés, aidée à trancher en « s’en suivre », que je préférais à « s’ensuivre » sans être trop capable de dire pourquoi.

Le sens du verbe « s’ensuivre » est assez simple, « résulter, découler » dit Antidote, ce que le Petit Robert confirme en parlant de « survenir (…) en tant que conséquence logique ». Ce dictionnaire poursuit en proposant : « Vx : Il s’est ensuivi que… : il s’en est suivi que », renvoyant alors à l’article sur « suivre » où, dans la construction pronominale « se suivre » l’expression « il s’en suit » est également précédée de « Vx » abréviation qui signifie « vieux (mot, sens ou emploi de l’ancienne langue, incompréhensible ou peu compréhensible de nos jours et jamais employé, sauf par effet de style : archaïsme) ». Dois-je en conclure que les deux formules ont le même sens, « s’en suivre » étant simplement un archaïsme par rapport à « s’ensuivre » ?
Le XMLittré apporte ici une précision que je peine à comprendre : « Il ne faudrait pas croire que l’on pût écrire s’en suivre, en deux mots, pour signifier découler de là ; car se suivre ne se dit pas en ce sens ; c’est suivre, neutre, qui se dit : il suit de là, et non il se suit de là. » Les deux n’auraient donc pas le même sens. Il semble mais l’article sur « suivre » du XMLittré n’en dit rien. Le TLF reprend ce développement du Littré et ajoute que « par souci d’euphonie, on hésite à écrire aujourd’hui s’en ensuivre » et semble attribuer à ce refus de redondance l’usage de l’incorrection que serait « il s’en est suivi ».
Alors, incorrection ou usage vieilli ? Le Grevisse (§481) diserte à son tour des constructions autour de « s’ensuivre » et arrive à la conclusion que l’usage peut séparer « s’en » et « suivre », que ce soit pour éviter le pléonasme « s’en ensuivre » ou simplement par séparation « graphique » ce qui est bien différent d’un usage de « suivre » dans sa construction pronominale.

Verdict ?
Il semble que « s’ensuivre » est plus juste mais que « s’en suivre » reste possible, par choix d’auteur, essentiellement. Ici, j’ai envie de corriger ma phrase au-delà de mon intention initiale et écrire : « qui allait s’en ensuivre ». Je pose néanmoins la question à Pascale avant de trancher.

La réponse de Pascale

L’’expression correcte pour parler d’une conséquence est « s’en ensuivre ».
Dans tes phrases, si tu considères qu’il y a un lien de cause à effet, il faudrait donc écrire, comme tu sembles en avoir décidé, « rouspéta contre le bleu qui allait s’en ensuivre », « jusqu’à ce qu’éclats de rire s’en ensuivent ». En revanche, si tu considères les faits simplement dans leur enchaînement, le verbe suivre suffit : « rouspéta contre le bleu qui allait suivre », « jusqu’à ce qu’éclats de rire suivent ».

Ce qui gène avec « s’ensuivre », c’est la dissonance provoquée par les deux sons « en » qui se suivent, d’où un emploi de plus en plus fréquent, mais académiquement incorrect, de « s’en suivre » au lieu de « s’ensuivre ».
« Ensuivre » (résulter de), n’a pas le même sens que « suivre » (venir après sans qu’il y ait de lien de cause à effet) : « il s’en ensuit une série de… » (découler de) ; « Il suit à cela une série de… » (venir après). Si on écrit « s’en suivre », cela revient à dire que l’on considère comme correct : « il se suit de quelque chose » (par exemple, dans ta phrase, ça donnerait : « elle rouspéta contre le bleu qui allait se suivre de la piqûre »).

La conclusion de Cy Jung

J’en conclus que dans ma phrase, je dois utiliser le verbe « s’ensuivre » puisque le bleu résulte bien de la piqûre (lien de cause à effet). Je le construis volontiers avec « en », sans craindre la lourdeur puisque je suis dans un rose, et que justement, dans mes roses, j’y cultive l’art des phrases bien lourdes.
Ma phrase devient donc, toujours aussi longue : Bobie sauta hors du lit, fila sous la douche où elle aspergea son sexe d’eau froide — « Au secours ! l’abstinence revient. » cria-t-il, plein de dépit —, mesura sa glycémie — qui semblait ne pas trop souffrir de l’excès de fromage cuit et de tarte aux myrtilles —, salua ce résultat d’un large sourire, en rata à moitié sa piqûre, rouspéta contre le bleu qui allait s’en ensuivre, s’habilla, vérifia qu’elle avait tout le nécessaire et fila jusqu’au réfectoire déjà équipée pour le ski, sans même faire une pause par la chambre de Dene et Francine qui lui avaient annoncé la veille qu’elles avaient l’intention de dormir un peu et lui avaient donné directement rendez-vous à midi au Chalet du Mont haut.

Cy Jung — L'autre beauté du mondeNote : Je me suis amusée à utiliser les deux constructions dans mon compte rendu de la soirée de dédicaces collectives de L’autre beauté du monde. Je vous laisse les découvrir.


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[*Phrase extraite de Piste rose>, manuscrit, V1, juillet 2009.


Information publiée le mardi 2 mars 2010.

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