D’un jour à l’autre

Jacques Chancel disait : « Et pour vous, Dieu… ? »



Cy Jung — Jacques Chancel disait : « Et pour vous, Dieu… ? »

J’ai découvert l’existence de Dieu au pied d’un arbre du square des Batignoles il y presque vingt ans. Celle qui me l’a montré en cet arbre l’appelait Lui et ne fréquentait aucune Église. Sur le coup, je suis restée crédule, m’abstenant pourtant de tout commentaire ; ce n’était pas la première fois que l’on me faisait une telle présentation mais quelque chose s’était passé. Était-ce parce que j’étais très amoureuse de la pastourelle, parce j’avais éprouvé des années plus tôt ces souffrances qui ramènent invariablement vers Dieu, parce que cet arbre avait quelque chose de plus chaleureux que ce petit bonhomme barbu et chevelu qui nous observe depuis son nuage, jugeant nos actes et nos consciences ?
Le tout, sans doute, et cette rencontre d’un jour s’est arrêtée là. Ou presque. Je me suis mise à porter la croix huguenote, celle de Constance, et ai transformé la devenue possible existence de Dieu en un sentiment de fraternité à l’égard d’une Église, celle de ma famille paternelle : il m’allait d’être protestante, de me revendiquer d’une belle lignée d’opprimés dans leur foi dont le culte permettait un rapport direct à Dieu sans ses Saints. Marie avait connu la jouissance et la Saint Barthélémy méritait ma mémoire autant qu’Isabelle Adjani mon désir. Mais je ne pratiquais pas ; cela n’était pas nécessaire, retrouvant mon histoire familiale au gré des enterrements et des gâteaux de Noël sans véritablement avoir conscience que la foi me gagnait.
Il y avait cette phrase, que je croisais souvent et contestais beaucoup : « Dieu est amour ». Comment pouvait-Il alors que l’humanité connaissait tant de souffrances ? Et puis, un jour, j’ai oublié en quelles circonstances, j’ai entendu cette phrase autrement. Oh ! n’allez pas croire que j’ai développé un syndrome dit parfois « de Bernadette » : aucune voix particulière ne m’a parlé ; c’est dans mon cerveau que cela s’est passé, en son cœur car, comme tout à chacun croyant, mon cerveau, tel Rodrigue, cherche à avoir du cœur. Car, si Dieu est amour, Il n’est pas autre que l’amour qui est dans mon cœur et qui fait que le quotidien peut à chaque instant changer de dimension, quand les actes sont dictés par l’amour, les faits compris en ces termes. Ah ! L’amour…
Dieu donc existe, dans mon cœur ; Il est amour et, à ce titre, éternel. Je sens qu’avec une telle phrase vous allez être un certain nombre à tiquer, un peu, beaucoup… Je ne fais pas grand-chose d’ordinaire pour partager ce sentiment-là, qui va d’ailleurs au-delà du sentiment. C’est en moi. Et cela ne m’empêche pas, bien au contraire, de demeurer une laïcarde pure et dure, une adversaire déterminée des intégrismes et des Églises qui vivent et prospèrent sur un système d’oppression. L’amour, la foi, sont une liberté et quiconque en use pour dicter une conduite, une pensée, n’est qu’un tyran qui cherche le pouvoir le plus absolu.
Le voile opprime les femmes. Des pierres lapident les homosexuels. Et le Vatican, au centre de l’Europe, frappe toujours d’anathème celles et ceux dont la pensée ou la conduite sont contraires à sa loi, paraît-il divine. Pauvre de nous, chrétiens, et pour une fois — une foi — je veux bien prendre ma part de la difficulté que ce doit être aujourd’hui d’être catholique quand on a l’intime conviction que le petit homme barbu et chevelu n’est pas sur son nuage pour juger et jeter au bûcher les homosexuels, les femmes qui avortent, et tous celles et ceux qui ont la mauvaise idée de penser que monsieur le pape et son gouvernement manient l’archaïsme aussi bien que le totalitarisme.
Oui, je suis en colère contre la hiérarchie catholique et je veux témoigner de mon soutien indéfectible à tous les transpédégouines pour qui il est si difficile de fréquenter encore cette Église. Je serai à Nouan-Le-Fuzelier les 22, 23 et 24 mai 2010, invitée de David et Jonathan, mouvement homosexuel chrétien courageux et dont tous les transpédégouines peuvent être fiers, pour trois jours d’échanges sur le thème « Sexualités dans l’âme, oh... oui ! ». J’animerai notamment un atelier d’écriture sur La chair et l’esprit… Ah ! l’esprit de la chair et la chair à l’esprit ; on va s’en donner à coeur joie car, toujours, en mon cœur, Jesus bleibet meine Freude.

Cy Jung, 19 avril 2010.

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Information publiée le lundi 19 avril 2010.

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