LexCy(que)

La tour Eiffel et l’Arc de triomphe



Cy Jung — LexCy(que) : La tour Eiffel et l'Arc de triomphe

Ma phrase [*] : Ah ! Paris, les Champs-Élysées, le Louvre, la tour Eiffel, les quais de Seine, le Moulin rouge, Notre-Dame, la place des Victoires, l’Hôtel de ville, l’Arc de triomphe, la fontaine des Innocents, les Grands Magasins, la Sainte-Chapelle, le théâtre du Châtelet, en face, celui de la Ville, l’Obélisque de la Concorde, le palais du Luxembourg, la Sorbonne, la Madeleine, le pont Neuf, les Chevaux de Marly, le Champ-de-Mars, Saint-Eustache, l’avenue Montaigne, Les Buttes-Chaumont, l’île Saint-Louis, la tour Saint-Jacques, la Bibliothèque nationale de France, l’opéra Bastille, la place des Vosges, feu la Samaritaine…

Cette phrase énumère suffisamment de monuments de Paris pour m’amener à poser la question de la manière de les écrire : majuscules, minuscules, traits d’union…

Je me tourne d’emblée vers le Lexique des règles typographiques en vigueur à l’Imprimerie nationale, p. 120, notice « Monuments et partie de monuments (noms de) ».
Les noms propres seuls comme « la Madeleine » ou « la Sorbonne » ne posent pas de problème. Ceux qui comportent un adjectif obéissent logiquement à la règle du Petit Chaperon rouge : l’adjectif avant le nom prend la majuscule ; celui placé après ne la prend pas. Cela nous donne le « Moulin rouge » et les « Grands Magasins ». Quant aux autres…

Le Lexique indique que les noms de monument sont composés d’un nom commun (« tour », « pont », « arc », « arche », etc.) « individualisé » par un nom propre (la tour Eiffel est la tour de M. Eiffel) ou par un nom commun ou un adjectif ayant fonction de nom propre (les « Innocents » de la fontaine du même nom, ou le « Neuf » du pont, par exemple). Découle de cette composition que seul le nom propre ou assimilé prend la majuscule.
Dans ce contexte, mon « obélisque » (de la Concorde) devrait prendre une minuscule, ainsi que l’« arc » de ce « Triomphe » qui, du coup, prendrait la majuscule. Mais… Mais… Le Lexique nous dit ensuite que lorsque le « nom commun d’espèce » (celui du monument) suffit à désigner le monument, il prend la majuscule, avec comme exemple l’« Arc de triomphe » (où il maintient la majuscule) mais pas l’« obélisque de la Concorde ». Il m’aurait pourtant semblé que ledit obélisque suffise à désigner le monument… Le Petit Robert, lui, laisse notre obélisque avec une minuscule initiale, Antidote aussi. Je me range donc à cet avis général. Dans le même temps, le Petit Robert propose une majuscule à « Arc » mais pas à « triomphe »…
On atteint ici les limites des règles typographiques ; les usages sont aussi multiples que les sources et à partir d’une règle au départ simple, se posent des cas d’espèce qu’il faut trancher. Et je crois que je vais trancher dans le sens du Petit Robert, considérant que l’« Arc de triomphe » suffit à caractériser ce monument-là, « triomphe » étant (je le découvre), en architecture, avant tout une sorte d’arc érigé à la gloire d’une armée [**] et que les Monuments nationaux mettent également la minuscule initiale.

Ceci étant, d’autres problèmes se posent dans mon énumération.


* Les noms de rue

(Voir aussi l’article de ce LexCy(que) « De Montparnasse à Saint-Germain »)

Toujours selon le Lexique des règles typographiques en vigueur à l’Imprimerie nationale, le trait d’union est de rigueur pour les noms composés, à l’exception de l’article initial (sauf dans les adresses postales [***]). On aura repéré ainsi dans ma liste « Champs-Élysées » (sous-entendu « l’avenue des »), ou le « Champ-de-Mars » et noté que pour le coup, tous les éléments de cette composition prennent la capitale initiale.

* Les Saint-Xxx et Notre-Dame

Pour les « Saint-Xxx », la double majuscule et le trait d’union sont de rigueur car il s’agit de nom de lieu. Attention ! n’en faites pas une généralité : la typographie de « saint » est assez complexe, et j’y consacrerai un article.
« Notre-Dame » enfin est écrite ainsi dans le Lexique, ce qui est assez logique au vu des règles énoncées.


* La ville

La ville de Paris me pose toujours un problème.
On voit souvent la majuscule à « ville », comme si ce nom commun ne pouvait désigner que Paris ou comme si la personne morale « ville » devenait nom propre. Je ne trouve rien à ce sujet dans le Lexique qui me sert ici de référence principale. Le Petit Robert nous donne des éléments intéressants. Il écrit « ville de Paris » mais « Ville lumière » ou « Ville rose » ce qui indiquerait que lorsque l’on désigne telle ville (et pas une autre) par autre chose que son nom, alors la majuscule serait de rigueur. Cela se rapproche de ce que proposait le Lexique quand il parlait d’un nom qui « suffit à caractériser ».
Ceci étant, dois-je écrire « hôtel de Ville » ou « Hôtel de ville » ou même « hôtel de ville » ? Dans le même ordre d’idées, que se passe-t-il avec le « Théâtre de la Ville » ? La même chose sans doute qu’avec le « Théâtre du Châtelet » : ce sont des raisons sociales. Je me plie donc à leurs propres majuscules.
Je ne sais toujours pas pour mon « hôtel de Ville », que je vais modifier provisoirement ainsi vu que le Lexique proposait « hôtel de la Monnaie » et que cela correspond à la règle générale. Et je vais envoyer le lien sur cet article à Pascale afin qu’elle tranche ce point et fasse, si besoin, d’autres commentaires.

Note : La réponse sur « ville » est ici.

Ma phrase est donc devenue : Ah ! Paris, les Champs-Élysées, le Louvre, la tour Eiffel, les quais de Seine, le Moulin rouge, Notre-Dame, la place des Victoires, l’hôtel de Ville, l’Arc de triomphe, la fontaine des Innocents, les Grands Magasins, la Sainte-Chapelle, le Théâtre du Châtelet, en face, celui de la Ville, l’obélisque de la Concorde, le palais du Luxembourg, la Sorbonne, la Madeleine, le pont Neuf, les Chevaux de Marly, le Champ-de-Mars, Saint-Eustache, l’avenue Montaigne, Les Buttes-Chaumont, l’île Saint-Louis, la tour Saint-Jacques, la Bibliothèque nationale de France, l’opéra Bastille, la place des Vosges, feu la Samaritaine…


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[*Phrase extraite de Quartier rose, manuscrit, V1, janvier 2010.

[**Nous devons celui-ci à Napoléon 1er.

[***À propos des adresses postales, on commet souvent l’erreur de séparer le numéro de voie du nom de la voie par une virgule. Cette norme n’est plus en vigueur depuis mai 1997.


Information publiée le samedi 5 juin 2010.

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