LexCy(que)

Bénit / Béni



Cy Jung — LexCy(que) : Béni / Bénit

Ma phrase [*] : Ainsi, le Thalys était devenu leur lot jusqu’à ce jour bénit des zélateurs de l’homoparentalité où le miracle de la procréation avait atteint son terme, à peine une semaine avant celui d’ordinaire assigné par la nature.

Cy Jung — Cul nu, courts érotiques Cy Jung — Piste roseJe suis toujours prompte à mettre un « t » à l’adjectif « bénit » en souvenir d’une coquille qui a failli rester à l’impression de Cul nu, mon recueil de courts érotiques. J’avais en effet oublié le fameux « t » qui donne « bénite » au féminin, au dernier mot d’une nouvelle, ce qui n’aurait pas été joli à voir : « Qu’importe finalement où s’est rendue son âme car chacun l’aura compris : les voies de Dieu sont impénétrables sauf si bien sûr on a le cul bénit. » (« Cul-bénit », 2001, p. 118).
Pour autant, dans ma phrase d’aujourd’hui, ne s’agirait-il pas plutôt du participe passé du verbe bénir utilisé en adjectif que de l’adjectif lui-même. Ma question me surprend mais puisqu’elle se pose…

Je commence par le Grevisse [§808] sans rien y comprendre. Je continue avec le Petit Robert qui propose « être béni des dieux » sans « t ». Entre un zélateur et Dieu, la nuance me paraît mince. Antidote confirme et me propose même « béni » en épithète dans des expressions comme « pain béni » et « époque bénie ».
Je ne sais que penser. Oh ! Pascale, dis-moi.

La réponse de Pascale

Pour ton problème « bénit » ou « béni », l’Académie française a tranché : pour l’adjectif c’est « bénit » ou « béni » selon le contexte (bénédiction d’un prêtre ou pas) et pour le participe, c’est toujours béni sans « t ».
Il est adjectif quand il est épithète ou attribut (« eau bénite »), mais pour mettre le « t » il faut qu’il y ait bénédiction au propre. S’il n’y a pas de bénédiction, tu utilises « béni ».
Je n’ai fait que résumer ce que j’ai trouvé ici. Tu peux même faire les exercices !

Pour ton « jour béni », c’est un adjectif, pas un participe passé : « le jour est béni ou bénit ». L’adjectif prend donc le « t » ou pas selon le sens que tu donnes à « béni ». Mais je n’en mettrais pas, parce qu’à mon avis tu l’emploies dans sa forme figurée standard (comme dans l’exemple que tu me cites de Robert : « béni des dieux »).
Autre application : l’eau de Lourdes est de « l’eau bénite », ici c’est un adjectif et le sens veut que tu mettes le « t » parce que l’on considère qu’elle a concrètement été bénite par une autorité religieuse, mais on écrira « l’eau que le curé a bénie » parce qu’ici c’est employé comme participe.

Pour finir, le Littré donne cet exemple comme moyen mnémotechnique : « Des armes qui ont été bénites par l’Église ne sont pas toujours bénies du ciel sur le champ de bataille. »
Il explique par ailleurs que la forme avec le « t » est réservée à la chose que le prêtre (ou l’Église) à concrètement bénite et que la forme « béni » est employée lorsque « béni » est employé pour dire que la bénédiction vient de Dieu ou des hommes — exclus les prêtres, of course.

Avec ton exemple précis, le problème n’est donc pas tellement de savoir si c’est adjectif ou participe. Ici, c’est plutôt le sens, figuré en l’occurrence (parce qu’il n’y a pas bénédiction d’une autorité religieuse au sens propre). Donc, je mettrais : jusqu’à ce jour béni des zélateurs. Mais en fait, je ne sais pas pourquoi on se complique la vie avec ce bénit, parce qu’avant on ne les différenciait pas et on mettait le « t » partout.


La conclusion (provisoire) de Cy Jung

J’ai fait les exercices et me suis trompée sur les histoires de médailles.
* « Une médaille bénie par le pape » ; j’avais choisi « bénite »… Le « par » indiquerait-il qu’il s’agit ici du participe passé (« qui a été bénie par » ? Je ne vois que cela comme explication car cela vient en contradiction avec le Littré si l’on considère que le pape n’est pas Dieu (ce qui je crois est effectivement le cas)… À moins qu’il ne s’agisse d’un bogue.
* « Médailles bénites » : je n’avais pas choisi le « t », considérant qu’il n’y avait aucun prélat à l’horizon. J’en conclus que la médaille vient de Lourdes.

Pour ce qui est de ma phrase, je choisis donc « béni » et me dit au passage que finalement, dans Cul nu, j’aurais peut-être dû laisser ce que je pensais être une coquille. Je ne tranche pas.
Ma phrase devient donc : Ainsi, le Thalys était devenu leur lot jusqu’à ce jour béni des zélateurs de l’homoparentalité où le miracle de la procréation avait atteint son terme, à peine une semaine avant celui d’ordinaire assigné par la nature.


La deuxième réponse de Pascale

Pour ton erreur sur « médaille bénite » et « médaille bénie par », oui, tu as tout compris. En fait, dans ce cas de figure, c’est une voix passive introduite par « par » = « elle a été bénie par… » Mais pour « médaille bénite », ils auraient dû préciser les circonstances ! Il aurait pu s’agir d’une médaille sportive, mais bénie par qui ?

Par ailleurs, je ne suis toujours pas allée lire le Grevisse officiel en ligne, mais j’ai trouvé ce paragraphe [§316a] en cherchant dans Google Books :
« a) Bénir, à côté de son participe normal béni, bénie (comme fini, finie), a une forme bénit, bénite qui s’emploie exclusivement comme adjectif (épithète ou attribut) et à condition qu’il s’agisse de choses consacrées par une bénédiction rituelle.
« De l’eau bénite. Du pain bénit. Un chapelet bénit.
« Je veux qu’une branche bénite orne ma chambre. (Jammes)
« Mais : Ce roi est béni par son peuple (Littré.) — Un chapelet béni par le pape. (Barrès.) — Le prêtre a béni le cierge. — C’était le jour béni de ton premier baiser. (Mallarmé.) »

Pour l’exemple de Littré, je n’avais même pas percuté et pourtant, j’ai eu 100% aux exercices alors qu’il y a un exemple semblable (« cette médaille a été bénie par le père untel »).
Je pense que l’embrouille vient de ce que Littré s’intéresse uniquement au fait que la médaille ait été ou non consacrée (et moi-même j’étais un peu fixée là dessus), alors que maintenant, on considère ce fait seulement quand il s’agit de l’adjectif (comme le précise Grevisse) ; dès qu’il y a un complément d’agent qui implique une voix passive, on laisse tomber cette distinction.

Partant de ce principe, dans ta phrase, il n’y a même plus à se poser la question vu que :
1/ il y a un complément d’agent (des zélateurs) ;
2/ le jour n’a de toute façon pas été consacré par une autorité compétente.
Bref, pour résumer, tu avais déjà tout compris en réfléchissant à ce problème de médaille qui venait très probablement de Lourdes.
Voilà pour les dernières remarques.

La conclusion (définitive ?) de Cy Jung

Je garde donc ma correction en « jour béni des zélateurs » tout en me promettant de m’interroger un jour sur la notion de « complément d’agent » ; je pressens de quoi il s’agit mais n’en sait pas plus. Voici ce qu’en dit Reverso ; j’ai appris quelque chose de plus !
Quant à mon « cul béni » de Cul nu, il n’y a pas de complément d’agent ; c’est donc bien un adjectif. Reste à savoir si un prêtre est passé par là. De mémoire, je crois qu’un goupillon et un chapelet s’en sont mêlés… Alors ? Je dois pouvoir trancher que « béni » « et « bénit » sont possibles selon l’interprétation que l’on fait des circonstances de cette bénédiction. Ouf !

Note : À l’instar de ma nouvelle, Antidote signale « cul-bénit » en un seul mot avec trait d’union. Il s’agit bien sûr du substantif qui désigne de manière péjorative une personne dévote.


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[*Phrase extraite de Piste rose, manuscrit, V6, mai 2010.


Information publiée le vendredi 25 juin 2010.

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