LexCy(que)

Arrière



Cy Jung — LexCy(que) : Arrière

Ma phrase [*] : Béatrice Sanchez agrippa fermement les poignées arrière du fauteuil et le bascula pour descendre le trottoir.

* Développement initial (10 juin 2010).
* Addenda (7 juillet 2010) : Commentaire de Pascale sur le statut grammatical de « arrière ».

Développement initial (10 juin 2010)

Cy Jung — Piste roseÀ l’occasion des corrections de Piste rose, une de mes relectrices me signale « arrière » non accordé avec « poignées ».

Un petit passage par Antidote me permet de vérifier que « arrière », même s’il est adjectif, reste invariable (dans son emploi adverbial). C’est ce que le Grevisse appelle un « adjectif occasionnel » [§559]. Il range dans cette catégorie « bien », « avant », « debout » mais aussi « impromptu » « traditionnellement invariable » (mais aujourd’hui variable) car il fut adverbe avant d’être adjectif, « intestat », « incognito », et d’autres.

Note (11 juin 2010) : Je supprime mon développement initial sur « impromptu », Pascale me le signalant comme faux. J’y reviendrai. C’est fait (1er juillet 2010) et c’est ici.

Je profite de l’occasion pour rappeler que d’autres adjectifs sont invariables, comme certains adjectifs de couleur auxquels j’ai déjà consacré un article de ce LexCy(que).

Une plongée dans le Grevisse m’indique également que sont invariables (mais pas tout le temps !) les « épithètes par transfert » [§556].
À la quatrième relecture de la définition de la chose, je n’ai toujours pas compris de quoi il s’agissait… Eurêka ! en fait, une épithète (et moi qui croyais ce nom masculin) par transfert est une épithète associée à un nom qui se transfère sur un autre nom de la même famille.
Exemple : la « nue propriété » fait de « nu » dans « nu-propriétaire » une épithète par transfert.
Côté accord, ces épithètes-là sont le plus souvent invariables quand ils sont placés avant le nom, ce qui nous donnerait « des nu-propriétaires », ce qu’Antidote… et Pascale, contestent.

Sont également invariables les adjectifs employés adverbialement [§557]. On trouve par exemple dans cette catégorie « haut » et « bas » quand ils sont utilisés autrement qu’à la suite d’un nom.
Exemple « Haut les mains ! » ; « Bas les pattes ! ».

Il en est de même (surtout en genre) pour les « adjectifs empruntés » [§558]. Le premier exemple donné par le Grevisse est « Une femme albinos » et plus loin « la spécificité gay ».
Je ne me savais pas si « empreintée » (sic) euh ! pardon « empruntée »… Dont acte.

On trouve enfin en adjectif toujours invariable en genre, très souvent en nombre, les adjectifs dits « de formation expressive » (« baba », « cracra », « crado », etc.) [§560] et quelques cas particuliers [§561], bien sûr, dont « feu » qui a fait l’objet d’un article dans ce LexCy(que). Pour les autres, j’espère avoir l’occasion d’y revenir, comme sur ces adjectifs que Grevisse signale comme ne s’employant qu’au singulier ou au pluriel [§554].
Suspens !

Commentaire de Pascale (7 juillet 2010)

Je ne suis pas très convaincue par ton classement de « arrière » dans les adjectifs occasionnels dans ce cas précis (« poignées arrière »).

Ici, « arrière » signifie « de derrière, de l’arrière, qui sont situées derrière ». D’après moi, c’est plus un adverbe qu’un adjectif. Je préciserais même, un adverbe de lieu, la question étant « où ? » Dans ce cas précis de « arrière », c’est une ellipse de dire « poignées arrière », « portière arrière » pour dire qu’elles sont situées à l’arrière. Comme dans la phrase « normale », « arrière » modifie le verbe, il serait plus logique de parler d’adverbe employé adjectivement (soit qui modifie le verbe en lui apportant une précision).
En réalité, c’est un abus de langage qui a pris racine. Comme tel, on le perçoit effectivement comme adjectif, car il donne l’impression de modifier un nom. En français académique, il faudrait écrire « les poches d’arrière » et, dans ce cas tu ne peux plus parler d’adjectif, cas que les dictionnaires classent d’ailleurs dans les adverbes.
C’est la même chose avec « derrière » (curieusement, on ne dit jamais « les poches derrière », mais on emploie la formulation académique, « les poches de derrière »…) Idem avec leurs contraires « avant » et « devant ». Écrirais-tu « des poches avantes » (ou même « avants », considérant que tu ne prononcerais jamais « avantes », bien sûr) spontanément comme tu l’as fait avec « arrières » ? En réalité, ce sont « les poches de l’avant » ou « de devant ».
Quant à Antidote qui le classe comme adjectif invariable, ainsi du reste que la plupart des dictionnaires récents, y compris celui de l’Académie, ça me paraît assez discutable, mais je ne suis pas académicienne et ni assez grammairienne pour me permettre de telles choses. Et le Grevisse parle bien d’adjectif occasionnel, ce qui signifie bien que ce n’est pas tout à fait un adjectif. En tout cas, considéré de la sorte, il me semble qu’on comprend mieux pourquoi il est invariable, puisqu’un adjectif devrait être variable.
Et, rassure-toi, les grammairiens n’ont toujours pas réussi à déterminer de manière précise ce qu’est un adjectif, justement à cause des trop nombreuses exceptions qui ne confirment pas la règle, exceptions du genre des tiennes…

Alors, tu vas me dire, et les adjectifs de couleur dans tout ça ?
Et bien justement, ce ne sont pas n’importe lesquels qui sont invariables… À leur sujet, le Dictionnaire de l’Académie parle d’ailleurs de « locutions adjectives ». Ce qui veut bien dire ce que ça veut dire et donne comme exemple : « des murs blanc cassé, des bas couleurs fraise ». Ce sont en réalité des murs qui ont la couleur d’un blanc cassé et des bas qui ont la couleur d’une fraise.

Question subsidiaire de Cy Jung

Pour « arrière », le Grevisse dit quand même :
« 559 — Adjectifs occasionnels.
« Les mots employés occasionnellement comme adjectifs restent souvent invariables.
« a) Adverbes employés adjectivement. (…) : « les roues arrière. »
Mais quelle est la différence entre une « roue » et une « porte
 » ?
Si Grevisse fait des abus de langage maintenant, je ne vais plus savoir à quel sein (euh ! saint) me vouer !

Le complément de Pascale

Tu vois, toi-même tu découvres des illogismes dans le Grevisse.
En effet, je ne vois pas la différence grammaticale profonde entre une « roue arrière » et une « porte arrière »… Pour sauvegarder ma faible santé mentale, je vais continuer à appeler ça des adverbes employés adjectivement, mais qui ne suivent pas la règle d’accord en genre et en nombre des adjectifs. Tu suis ?
Pour cet emploi de « arrière », d’ailleurs, j’ai oublié de préciser qu’il est totalement absent de la 8e édition du Dictionnaire de l’Académie (1932-1935). La 9e, d’où j’ai pris les exemples du commentaire précédent, date de 1994.


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[*Phrase extraite de Piste rose, manuscrit, V5, mai 2010.


Information publiée le mercredi 7 juillet 2010.

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