D’un jour à l’autre

Désobéir ? Chiche !



Cy Jung — Désobéir ? Chiche !

La réunion de ma section de la Ligue des Droits de l’homme du mois de mai 2010 était consacrée à la désobéissance civile. Je m’y suis précipitée, on s’en doute, en souvenir de « mes années Larzac », allant jusqu’à renoncer à mon cours de judo. Les deux intervenantes, l’une sociologue, l’autre politologue, se sont, entre autres, attachées à définir la désobéissance civile qui désigne des actes par nature non violents et illégaux, avec revendication de l’illégalité de ces actes et volonté d’en assumer les conséquences civiles ou pénales.
L’exemple le plus évident que je pourrais donner c’est le mouvement actuel (mené par de nombreuses associations dont RESF) d’aide aux sans-papiers et aux demandeurs d’asile en violation directe (et assumée) de l’article L. 622-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers. Un appel est, dans ce cadre, en cours de constitution autour d’une centaine de personnalités et l’organisation d’un concert de soutien Rock sans papiers, le 18 septembre 2010 à Bercy.
Remarquons bien que ces militants ne font pas que désobéir à la loi : ils le revendiquent et en assument les conséquences. Rien à voir donc avec quelqu’un qui, ce n’est qu’un exemple pris au hasard, argue du prix du disque pour télécharger en catimini et sous pseudonyme de la musique qu’il n’aurait pas payée ; il s’agit là d’un acte délinquant puisque ce quelqu’un n’assortit pas son téléchargement d’une action publique et revendicative.
Mais au-delà de la désobéissance civile, et en deçà de tous ces actes militants légaux répertoriés comme tels (manifestation, pétition, adhésion à une organisation politique ou syndicale, etc.), j’ai le sentiment que se développe une forme particulière de résistance qui vise simplement à contester l’ordre des choses. Je pense là à tous ces actes quotidiens qui peuvent sembler mineurs et par lesquels nous marquons notre refus de ce qui serait inéluctable.
J’ai évoqué ce point devant les deux chercheuses présentes à cette réunion de la LDH. Je voulais savoir si l’on pouvait considérer que la désobéissance à l’ordre des choses n’avait pas un petit air de désobéissance civile, considérant que si aucune violation de la loi était en cause, la violation de l’ordre des choses dans les mêmes conditions de non-violence et de revendication des conséquences de ses actes expose la personne à des sanctions sociales importantes (la fameuse « pression sociale »). Les deux chercheuses ont souri. Tant pis pour ma théorie politique ; cela ne contrarie finalement pas mes velléités d’action.
Je vous livre donc ci-dessous celles qui me tiennent particulièrement à cœur et auxquelles je ne déroge jamais.
* Ne pas faire mes commissions après 19 heures, le dimanche et les jours fériés.
* En dehors des contrôles de police et des démarches administratives, ne présenter mes papiers d’identité qu’en dernière extrémité.
* Utiliser les enveloppes pré-affranchies ou non incluses dans les publicités reçues par voie postale pour exiger ma radiation des fichiers clients.
* Utiliser les noms de métier féminisés, même si « ça fait moche », et les rappeler à chaque fois à mes interlocuteurs négligents du droit des femmes.
* Ne pas cocher la case « madame » ou « mademoiselle » quand l’établissement de mon sexe ou de ma situation maritale n’est pas exigé par la loi.
* Ne pas acheter une salade quand elle vaut plus que 0,80 euro.
* Ne pas regarder un match de foot.
Ah ! le foot. Si tous les supporters du monde donnaient de la vuvuzela pour dénoncer l’ordre économique et social et défendre nos droits, nos libertés, pour un monde où le football serait un jeu avant d’être une activité économique à visée d’abrutissement des foules. Ah ! si… Je veux toujours y croire, ne jamais renoncer, m’indigner, encore, défendre un autre monde, le vivre. On me dira au mieux utopiste, au pire à côté de la plaque. Que l’on dise ; je sais que tant que je serai capable de dire non, je serai en vie.
Ah ! désobéir. Qu’est-ce que c’est bon quand on l’ose.

Cy Jung, 15 juin 2010.

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Information publiée le mardi 15 juin 2010.

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