Jeux textuels, ateliers et performances

Atelier d’écriture — « Sexualité dans l’âme, oh oui ! »



Cy Jung — Atelier d'écriture — « Sexualité dans l'âme, oh oui ! »

À l’occasion des Journées annuelles de rencontre (JAR) 2010 de David et Jonathan, mouvement homosexuel chrétien, Cy Jung a animé un atelier d’écriture le dimanche 23 mai 2010 à Nouan-Le-Fuzelier.

Le thème de ces journées étant « Sexualité dans l’âme, oh oui ! », il s’agissait, pour les participants, d’écrire un texte mettant en scène la relation charnelle de deux personnages bibliques à partir d’un contexte donné par Cy Jung.

Pour les filles, le contexte était le suivant : « Jésus vient d’être arrêté par les Romains. Jean, le Bien-Aimé du Seigneur, est là, pétrifié. Jésus tend la main vers lui. Jean s’en saisit et brave les soldats pour le suivre dans sa captivité. Tout occupés à organiser le supplice de Jésus, les Romains laissent les deux hommes seuls, isolés de la troupe. »
Pour les garçons : « Marthe, venue évangéliser la Provence, terrasse la Tarasque sous les yeux de Marie de Béthanie. Elle lui présente la bête, en laisse, un crucifix dans l’autre main. Du lointain viennent les cris des villageois qui cherchent la Tarasque pour la tuer. Les deux femmes vont cacher la bête derrière un bosquet. »

Les participants avaient également comme contrainte d’utiliser dix mots extraits de la performance d’écriture réalisée la veille par Cy Jung, « Quand le règne de Dieu ventile le pigment de la corde », mots dont on trouve la liste ici.

L’atelier s’est ensuite déroulé un deux temps de une heure chacun. Les participants ont écrit leur texte le matin et la lecture collective a commencé avant de se poursuivre l’après-midi. Cette lecture a permis un partage d’expérience d’écriture, Cy Jung usant de son savoir-faire pour montrer à chacun comment maîtriser son texte plutôt que de se laisser porter par lui.
On l’aura compris, la grammaire était au centre de l’échange, une grammaire au service de l’auteur, de sa chair et de la révision des Écritures… Quelle fiesta !

Parmi les treize participants à cet atelier, dix ont accepté que leur texte soit reproduit sur ce site. Cy Jung les en remercie chaleureusement tant elle garde un souvenir tendre et complice de ces échanges.
Elle remercie également David et Jonathan pour son invitation à ces JAR qui lui laisseront un souvenir ému.

Cy Jung — « {Quand le règne de Dieu ventile le pigment de la corde} »Voici les textes des participants. N’oubliez pas d’y chercher les « mots obligés ».

Le texte de Brigitte et Agnès.

Les deux hommes furent traversés d’un grand frisson. Jamais au cours de leur enfance et de leur adolescence commune, les deux frères, fils de Marie, n’avaient connu une telle excitation. Jean mordilla l’épaule de Jésus. Le Messie se saisit de la bite de Jean et lui caressa les couilles. Sans sentiment de culpabilité, ni dégoût le disciple préféré sentit souffler sur lui l’esprit de préfiguration de la Pentecôte.
Tandis qu’ils se caressaient, ils chantaient les louanges du Père. Jésus, en extase, donna en offrande son corps pour parvenir avec Jean à la jouissance ultime avant d’accepter le sacrifice du Golgotha.
Les ongles de Jean s’enfoncèrent dans la peau de Jésus, griffant son corps, qu’ensanglanteraient quelques heures plus tard les coups de fouet demandés par Pilate, et la couronne d’épines.
Quand les amants parvinrent au feu d’artifice de l’orgasme, le ciel se déchira d’un éclair.

Le texte de Guil.

La présence de la bête à leur côté inspire un amour naissant.
L’espérance d’une intimité se voit enfin récompensée. Marie de Béthanie caresse des yeux Marthe. Ce regard chatouille ses tétons excités. Dans le brouhaha de la battue, tous leurs sens sont en éveil. Marthe est prête à donner en offrande ses fesses prometteuses. Marie s’agenouille devant le crucifix. Elle soulève la robe de Marthe et dans une tempête de caresses mordille son dick clit, rouge-coquelicot. AAh ! Marthe comprenait enfin pourquoi elle avait laissé tomber la vaisselle en Palestine pour évangéliser la Provence.

Le texte de Sophie.

Jean dit à Jésus qu’il souhaite que son règne vienne car des viandards de toute sorte préparent déjà les cordes pour les pendre.
Jésus prend Jean par l’épaule et lui révèle qu’il est sa sœur par l’esprit.
Il a eu cette vision dans un rêve où les deux hommes étaient nus dans un champ de coquelicots et se caressaient tendrement.
Dans un autre rêve, Jean et Jésus, au bord des rivages de la Baltique, étaient emportés dans un tourbillon de roses dont le souffle palpitait sur les lèvres encore humides des deux amantes. Jésus dit alors à Jean qu’elle avait joui en elle avec ferveur.

Le texte de Pierre-Hugues.

Souffles courts, peur aux ventres, sens en éveil, poitrines soulevées par intermittence, se tenir serrées dans ce refuge de verdure, toutes deux chaudes et enivrées, coudes collés…
La bête étrangement calme, comme si elle comprenait ce qui s’allait vivre. Odeurs de viande et de sang humain peut-être, à peine fétides, flottaient dans l’ait tiède. Moiteur des sueurs, des peaux, des poils, du noir désordre des cheveux, d’herbes foulées se mêlaient au parfum putride de cette gueule ouverte. Béance insolite de la Tarasque terrassée… Souvenir d’algue dans l’antre excité de Marthe, épaule de Marie enchâssée contre son sein. Liberté dérivante d’un corps à l’autre, cette envie de fouetter l’herbe des jambes emmêlées. Sublimement les mains tout à coup se sont emportées, partout glissantes sur les pigments huileux des peaux exacerbées.
Et le plaisir dans sa gerbe laissa la bête s’endormir vers un pays d’enfouissement généreux…

Le texte d’Étienne.

Marie est incrédule devant la vitalité de Marthe, sa finesse, sa subtilité ! La délicatesse et l’intelligence avec lesquelles elle a dominé la tarasque l’émeuvent de manière troublante. Sa présence physique l’effleure, puis l’illumine.
Au loin, les villageois crient et la complicité des deux femmes se fait plus grande. La surprise et l’admiration de Marie révèlent chez Marthe une chaleur intérieure nouvelle. Cet instant qu’elles partagent furtivement dans le regard l’une de l’autre fait naître en elle une fraîcheur douce-amère, presque piquante, une offrande inopinée, une poésie.
Parcourir les traits, les formes de Marthe bouleverse intimement Marie. Cette incarnation inédite de la puissance chez une femme lui ouvre à présent un seuil, un chemin, un monde.

Le texte de Dominique.

Elles attachent la bête au pied d’un grenadier.
Elles entendent au loin crépiter les escopettes des villageois.
Les chasseurs se rapprochent : à coups de jonc, ils battent les fourrés pour débusquer la bête.
Tapies l’une contre l’autre, armées de leur seul crucifix, les deux saintes essaient de ne pas respirer. Il ne faut pas que leur présence, comme celle de la bête, soit révélée.
Marthe sent la chaleur du corps de Marie allongée contre le sien.
Un frisson les parcourt comme un feu de garrigue. Elle est prête à éclater tels ces fruits rouge sang qui jonchent le sol.
Soudain le jonc d’un rabatteur fouette, à travers les buissons, ses épaules, puis son dos, ses fesses enfin. Le feu en elle redouble. Elle mordille ses lèvres. Elle ne doit pas hurler. Le chasseur s’éloigne. Marie alors de ses caresses entoure sa sœur et la soulage.
La Tarasque s’est assoupie.
Sous le grenadier, elle ne verra pas l’éveil des sens, ni l’exploration par les doigts et les langues de terres encore vierges, ni même enfin la vibration entremêlée des deux corps qui halètent et communient.

Le texte de Sylvain.

Elles avaient traversé ce bosquet, respirant ce doux air frais. Marthe commençait à jouir de cette liberté.
Elle-même en était surprise.
Une violente tempête se leva.
Un éveil se fit jour en son esprit. Elle sentit ce que signifiait le verbe « aimer ». Dans le profond vertige qui l’animait, elle ne parvenait désormais plus à réfréner aucun des désirs qui chatouillaient son esprit. Elle parvenait à peine à respirer. Que désirait-elle en vérité ?
Marthe songeait aux jambes de Marie, ses bras menus, ses épaules. Tout en elle l’attirait. Elle aurait voulu effleurer son doux corps de caresses.
Mais où étaient donc cette sagesse et cette paix qui la caractérisaient ?
Envahie par cette intense émotion qui l’avait saisie, inconsciente, elle avait laissé tomber son crucifix et elle s‘aperçut, impuissante, que la fête lui avait échappé. Les villageois la retrouveraient bientôt.
Marthe se saisit alors de Marie et, toutes deux à terre, elle commença alors à mordiller son corps. Marie conquise devenait passive.

Le texte de Fabien.

Dans la verdure proche du rivage, le vent fouette l’ épaule de Marthe.
Les pigments de sa peau trempée envoient un parfum de paix et d’harmonie qui se ventilent jusqu’à Marie. Elle inspire à pleins poumons, remplissant tout son cœur, pareil à l’extase d’une émotion nouvelle de liberté. Est-ce un rêve ? Marie croit en sa bonne étoile. Dieu ne doit pas être étranger à cette rencontre. Peut-elle mettre un espoir en cette femme, qui telle une sirène a conquis bêtes et femmes, en chantant la venue du règne de Dieu et la résurrection de celui qu’on appelait le Christ ?
Marie n’a plus de corde à son arc, et devant un tel frisson, sa fascination lui interdit de ne plus jouir de cette incarnation de la beauté de Dieu.

Le texte de Dominique.

Elles aiguillonnent les villageois sur une fausse piste. Elles vont enfin jouir de leur liberté. Elles éprouvent une profonde attirance l’une pour l’autre. Marie a pris les devants : elle touche les bras de Marthe, lui effleure les doigts. Celle-ci a continué à marcher mais elle a ralenti son allure, puis elle s’est arrêtée. Marie a plongé son regard dans le sien. Elle n’a pu réfréner alors la fascination qu’elle éprouve depuis si longtemps. Marthe s’est abandonnée aux caresses de sa bien-aimée. Toutes deux ont communié à une même extase.
Le lendemain, elles se sont réveillées avec une profonde sensation de paix.

Note : Cy Jung a animé d’autres ateliers d’écriture. Ils sont ici.
Pour ces JAR, elle a également rédigé un court texte offert en fin de week-end à tous les participants. Le voici.

Petit rappel
Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur.
Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.

Information publiée le vendredi 2 juillet 2010.

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