LexCy(que)

Ou ou et/ou ?



Cy Jung — LexCy(que) : Ou ou et/ou ?

Ma phrase [*] : Elle lui était totalement inconnue et s’avéra si puissante que Bobie se mit à trembler, comme si la peur ou le froid l’emportaient.

Cy Jung — Piste roseJ’ai assez envie de mettre le singulier à « l’emportaient ».

Je me souviens de ce que m’avait déjà dit Pascale à propos de « ou », qu’il faut se demander si les deux sont exclusifs l’un de l’autre ou bien peuvent s’inclure… En l’espère, il me semble qu’il s’agit de soit la peur, soit le froid qui provoquent [**] le tremblement. N’est-ce pas d’ailleurs le sens de « ou » ? Pour sa part, le Grevisse [§449] indique que le pluriel est plutôt de mise mais que je fais néanmoins un peu ce que je veux.
Ailleurs dans mon texte, j’ai cette phrase : Béatrice Sanchez, en maman aimante, craignait toujours que son statut d’enfant à parents de même sexe ne fût invoqué par le premier éducateur ou soignant venu pour expliquer ses troubles du comportement. [*]
Selon le même §449 du Grevisse, il me semble que « venu » soit au singulier, toujours parce que c’est bien l’un ou l’autre… Pour « premier » d’ailleurs, le singulier s’impose.

Ces deux accords au singulier avec « ou » alors que le pluriel serait la règle de base [Grevisse §441] me paraissent étranges. Un détour par la case Pascale s’impose.

La réponse de Pascale

Je ne suis pas convaincue par ta démonstration. Pourquoi la peur et le froid seraient-ils incompatibles ? Quand on a peur, on peut « avoir des sueurs froides »…
Hormis cette remarque, grammaticalement, en effet, tu fais bien comme tu veux. C’est toi qui le sens.

Et pour ton accord sur « venu », désolée, je crains de te faire la même réponse. Mais je précise tout de même que la question ne peut se poser que pour « venu ». Premier n’a rien à voir dans la chose. La phrase de base serait « le premier éducateur ou le premier soignant venu(s) », mais bien sûr, on n’élude la répétition, cela n’en transforme pas pour autant premier en un pluriel.
Le fait que « venu » puisse être au singulier ou au pluriel dépend de ce que signifie le « ou » : « ou » inclusif (= « et ») ou « ou » exclusif. Si pour toi l’éducateur ou le soignant sont totalement incompatibles, dans ce cas, tu le mets au singulier, sinon, tu mets au pluriel. Personnellement, je ne les vois pas du tout incompatibles, ces bêtes-là font souvent bloc pour convaincre.

En tout cas, dans tes deux exemples, si je devais en mettre un au singulier, ce serait le premier (« peur » ou « froid »). Car en fait, le verbe « l’emporter » implique forcément un vainqueur et donc l’exclusion de l’un des deux. À moins que la peur ou le froid ne l’emportent sur quelque chose qui ne figure pas dans ta phrase. Auquel cas, je ne vois aucun caractère exclusif à la chose.

La conclusion de Cy Jung

De prime abord, je ne comprends pas trop comme le « ou » ne pourrait pas être par nature exclusif, puisque quand j’utilise « ou », je n’utilise justement pas « et »… Après un petit échange de mails où Pascale a tenté la théorie des ensembles, nous avons partagé un dîner : (« formage ou dessert ») ; enfin, j’ai compris.
Le « truc », c’est de se demander si je pourrais écrire « et/ou » ou simplement « ou ». Dans les deux exemples qui m’occupent, il s’agit bien d’un « et/ou » car effectivement, si le froid et la peur peuvent l’un ou l’autre produire un tremblement, ils peuvent le produire ensemble. Idem pour l’éducateur et le soignant.
Par contre, si j’avais pris du fromage, j’aurais été privée de dessert, et réciproquement… Je n’ai finalement pris ni l’un ni l’autre, préférant un café, avec un tout petit carré de chocolat car pizza, fromage ou dessert n’auraient pas fait bon ménage dans mon système cardiovasculaire !

Ma première phrase reste donc inchangée, avec « l’emportaient » au pluriel. La seconde, elle voit « venus » passer au pluriel : Béatrice Sanchez, en maman aimante, craignait toujours que son statut d’enfant à parents de même sexe ne fût invoqué par le premier éducateur ou soignant venus pour expliquer ses troubles du comportement.


--------------

[*Phrase extraite de Piste rose, manuscrit, V9, juillet 2010.

[**J’avais mis « provoque » au singulier… Et le Grevisse, toujours §441, m’indique qu’il faut le pluriel avec « soit… soit… » en sujet même si le §449-R1 autorise quelques exceptions. Sur ces questions, on peut également se reporter à l’article de ce LexCy(que) consacré à « Ni… ni… ».


Information publiée le dimanche 1er août 2010.

Version imprimable de cet article Version imprimable



Article précédent / Article suivant
Retour à tous les articles



Les vingt derniers articles publiés sur le site de Cy Jung sont ici





Si vous êtes éditeur,
découvrez les manuscrits de Cy Jung
ici.