LexCy(que)

Second / Deuxième



Cy Jung - LexCy(que- : Second / Deuxième

Ma phrase [*] : Le paquet de biscuits était vide et Marie n’avait ni envie d’en manger un autre, ni de prendre un second verre de vin.

Lors de la rencontre du 28 février 2010 organisée en soutien à la campagne d’Europe écologie pour les élections régionales de mars 2010, Emmanuelle Cosse, candidate, s’est reprise elle-même corrigeant un emploi de « deuxième » en « second ». J’ai toujours été convaincue que la nuance était une suffisance lexicale. C’était l’occasion de vérifier, ce d’autant qu’une phrase de mon manuscrit en cours s’y prêtait.

Si j’en crois Antidote, Emmanuelle Cosse avait raison de se reprendre (et elle a été élue !) et moi, tort de n’avoir jamais prêté attention à la nuance. « Second », c’est « le dernier de deux » : se justifierait ainsi que dans une énumération à deux éléments on utilise « second » alors que dans une énumération à plus de deux éléments, on utilise « deuxième ». Mais le Petit Robert donne une autre définition, plus large « Qui vient après une chose de même nature ; qui suit le premier » et indique en tête de son article sur « deuxième », tel un avertissement « La règle selon laquelle deuxième s’emploierait lorsque le nombre des objets dépasse deux, et second lorsqu’il n’y en aurait que deux, est selon Littré « tout arbitraire », mais observée cependant par certains puristes. »
C’est chez Grevisse [§599] que je trouve le fin mot de l’histoire. Il s’agit en fait d’une affaire d’usage, « second » étant à une époque beaucoup plus usité que « deuxième » et d’usage libre, « deuxième » étant alors réservé aux séries comprenant plus que deux termes avant de devenir lui-même le terme le plus usité, donc d’usage libre, faisant tomber « second » au seul usage de « dernier de deux ». Et là où Littré parle de « tout arbitraire », le Petit Robert ajoute « puristes » en même temps que Grevisse enfonce le clou avec ses « prescriptions arbitraires »…

Il peut me plaire de l’être (puriste et arbitraire), justement, mais dans ma phrase, suis-je certaine que si Marie prenait un deuxième verre elle n’en prendrait pas un troisième dans la foulée ? Le cas me paraît bien difficile… Si je choisis « deuxième », je peux heurter un prescripteur puriste arbitraire et si je mets « second », je peux commettre un contresens.
Allez ! Considérons que si Marie rechigne à boire un autre verre, il ne peut qu’être second car cela exclut de fait le troisième. Ouf !

Note : J’en profite pour déplacer mon premier « ni » qui devrait se situer dernière « envie » et enlever en même temps la virgule. Je vais finir par m’y faire !
Ma phrase devient donc : Le paquet de biscuits était vide et Marie n’avait envie ni d’en manger un autre ni de prendre un second verre de vin.


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[*Phrase extraite de Quartier rose, manuscrit, V1 mars 2010.


Information publiée le dimanche 5 septembre 2010.

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