LexCy(que)

Salle de bains



Cy Jung — LexCy(que) : Salle de bains

Ma phrase [*] : Là, elle colla l’enfant dans son transat, l’y attacha avec soin en lui enfonçant une tétine dans le bec afin de lui signifier que son silence était de rigueur, récupéra dans la salle de bains le seau qui servait au ménage, le remplit à ras bord d’eau froide et revint dans la chambre en balancer la moitié sur cette pauvre banquière qui commençait à être en droit de se demander pourquoi l’on s’acharnait sur elle.

Cy Jung — Once upon a poulette Cy Jung — Piste roseLors de sa relecture, Sophie S, de La Roche sur Y, me signale « salle de bains », m’invitant à mettre « bain » au singulier, avant de se raviser un mail plus loin. Le pluriel à « bains » est pour moi acquis depuis Once upon a poulette, cette correction ayant valu un échange avec Pascale dont je ne me souviens malheureusement pas des termes : « Dans la salle de bains, le verre à dent (sic) [**] reçoit une nouvelle locataire et le peigne bleu azur de la maîtresse de maison dispose désormais d’un compagnon de tablette. Il est jaune soleil. » (1998, p. 167).
Pourtant, Antidote, dans la liste des locutions avec « bain », écrit « salle de bain (s) » ce « s » entre parenthèses indiquant que le doute est permis. J’en profite donc pour faire quelques recherches.

Le Petit Robert d’abord est (presque) catégorique et met « salle de bains » au pluriel sans son article sur « bain » et suggère un singulier possible dans celui sur « salle ». Le TLF, lui, reprend l’indécision d’Antidote. Je ne trouve pas de « salle de bains » dans le XMLittré, et le dictionnaire de l’Académie met « bain » au pluriel, sans plus d’explications.
Je me tourne vers la version papier du Dictionnaire historique de la langue française (Le Robert) qui indique que « Le pluriel bains à longtemps servi à désigner l’endroit du palais ou de la maison où l’on se baigne (v. 1090), usage qui n’a disparu qu’après l’apparition de la locution salle de bains. » Voilà donc l’explication de ce pluriel qui n’est étrangement pas tombé avec le temps, même si l’on peut considérer que l’indécision du TLF et d’Antidote indique qu’il est susceptible de se perdre.
Cela simplifierait les choses, diront certains… Mais cela éloignerait la langue de son histoire… Mais la langue est vivante et l’on ne peut sacraliser les archaïsmes… Mais… Le débat est vaste ! Quand je le peux (quand je le sais), on l’aura remarqué, j’essaie toujours de privilégier les orthographes anciennes ; un peu de résistance ne peut pas nuire à la vivacité de la langue.

Je laisse donc « salle de bains » avec le pluriel sur « bain » et profite, puisqu’il est l’heure de se laver (de tout soupçon d’erreur orthographique), pour signaler la nuance que fait le Petit Robert entre « salle de bains » et « salle d’eau », la seconde ne comportant pas de baignoire, le « cabinet de toilette », lui, ne comportant pas de douche non plus.


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[*Phrase extraite de Piste rose, manuscrit, V8, juin 2010.

[**Il semble y avoir ici une coquille, Antidote et le Petit Robert indiquant « dents » au pluriel dans « verre à dents », le Petit Robert précisant « d’après brosse à dents ».


Information publiée le vendredi 17 septembre 2010.

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