LexCy(que)

Grand-mère



Cy Jung — LexCy(que) : Grand-mère

Ma phrase [*] : « Pas de voisins, peu de connaissances, un périmètre d’existence bien délimité, trois grand-mères (sic) dévouées à la distribution de miettes, des journées parfaitement orchestrées, une sexualité dénuée de surprise, une alimentation saine : tels sont les ingrédients d’une vie tranquille, sans fard ni soucis inutiles. »

Cy Jung — Once upon a pouletteJe me souviens avoir découvert à l’occasion des corrections de Once upon a poulette qu’il existe des « expressions figées » dit le Grevisse [§543] composées avec « grand + trait d’union + nom féminin » où « grand » garde le masculin. On ne dit donc pas « une grande-mère » mais bien « une grand-mère ».
Il en est ainsi de « grand-tante » « grand-chose » (dont on oublie souvent le trait d’union [§764]), « grand-rue », « grand-peur » ou « (avoir) grand-faim ». La liste est longue sur le Grevisse. Vous trouverez ci-dessous des exemples extraits de mes romans. Si j’en trouve d’autre, je les rajouterai.

Pour ce qui est du pluriel, Grevisse toujours [§529a] nous invite à faire l’accord sur les deux éléments : on écrira donc « des grands-mères » ou « des grands-rues » mais écrire « des (pas) grand-chose » au pluriel n’aurait guère de sens, Antidote qualifiant d’ailleurs « grand-chose » comme un « pronom indéfini masculin singulier » qu’il ne dit pas invariable mais à variabilité uniquement singulier, ce qui revient au même, et uniquement masculin également. Est-ce à dire qu’une chose qui ne serait rien passerait au masculin ? Non ! la remarque serait sexiste.

Reste une question. Pourquoi Pascale ne m’a pas fait accorder « grand » dans « des grands-mères » lors de ses corrections de Once upon a poulette ? Alors… Alors ?

La réponse de Pascale

Je n’ai pas corrigé tes « grand(s)-mères » sans doute parce que pour moi la question ne se posait même pas. Comme je suis un peu archaïque, il n’est pas loin le temps où j’écrivais encore « grand’mère » et non « grand-mère ». L’actuelle « grand-mère » descendant tout droit de « grand’mère », je ne vois pas comment j’aurais pu l’accorder car, avec l’apostrophe, « grand » ne s’accorde pas, et pour cause, puisqu’elle est là pour montrer qu’il y a élision de la marque du féminin, et du coup, aucune possibilité d’ajouter une marque de pluriel… Ex. de Littré : « Je n’ai trouvé là que deux ou trois vieilles grand’mères. »
Maintenant que tu soulèves la question, je vois avec horreur mon erreur. D’après Robert, « grand », ici, est bien un adjectif qui a le sens de principale, comme dans « grand-rue » (écrit auparavant lui aussi « grand’rue »). Et Littré précise également : « Sur grand’ pour grande, voy. GRAND, n° 22. L’erreur qui a mis et maintient une apostrophe à grand en ces cas a produit la ridicule anomalie d’écrire des grand’mères sans s, et des grands-pères avec s. ».
En fait, tout vient du latin. Je ne vais pas expliquer tout ça ici, d’autant que quelqu’un l’a déjà fait.
Voici donc l’explication. Mais j’aime bien l’apostrophe, je la trouve jolie, et finalement, je trouve la chose plus simple, même si elle est totalement illogique. Quoi qu’il en soit, dorénavant, grâce à toi, je corrigerai les grands-mères que je croiserai sur mon chemin.

Quelques expressions figées composée avec « grand + trait d’union + nom féminin »

Cy Jung — Bulletin roseGrand-chose : « — Je ne crois pas que nous ayons grand-chose à voir ce matin, commença Steven, si ce n’est valider le plan général de campagne en calant sur le même calendrier les événements et les différents documents de propagande. » (Bulletin rose, 2006, p. 35).

Cy Jung — Cul nu, courts érotiquesGrand-messe : « — Aujourd’hui, c’est dimanche. Tu assisteras à la grand-messe dite par Monseigneur l’évêque. » (« Cul-bênit », Cul nu, courts érotiques, 2001, p.112).

Cy Jung — Es ist eine pouletteGrand-peine (à) : « Avec l’aide de Jeanne, Barbara et Zoé relèvent à grand-peine les deux jeunes femmes emmêlées. » (Es ist eine Poulette, 2000, p. 98).

Grand-place : « Passé la mairie pavoisée aux couleurs de la République et de l’Union européenne et la grand-place pavée à l’ancienne, Raoul tourna à droite, puis à gauche, puis encore à droite jusqu’à un rond-point décoré d’une composition florale tapageuse aux armes de la ville. » (Bulletin rose, 2006, p. 11).

Cy Jung — Piste roseGrand-rue : « Nous nous sommes croisées hier dans la Grand-Rue [**]. » (Piste rose, manuscrit, V9, août 2010).


--------------

[*Phrase extraite de Once upon a poulette, 1988, p. 52.

[**J’ai mis des majuscule à « Grand-Rue » car il s’agit du nom de la rue.


Information publiée le mercredi 27 octobre 2010.

Version imprimable de cet article Version imprimable



Article précédent / Article suivant
Retour à tous les articles



Les vingt derniers articles publiés sur le site de Cy Jung sont ici





Si vous êtes éditeur,
découvrez les manuscrits de Cy Jung
ici.