LexCy(que)

Drag-king



Cy Jung — LexCy(que) : Drag-king

Ma phrase [*] : Elle sourit à l’idée de ramasser deux drag-kings bien baraqués dans un bar branché : au moins, elle pourrait payer en nature et cela réglerait la question du financement autant que cela pourrait combler sa chair en mal de jouissance depuis trop longtemps.

Ce LexCy(que) ne peut faire l’économie d’un article sur « drag-king » même si la question des mots étrangers à déjà été évoquée à divers titres dans les articles sur « Coming out », « Pull-buoy » et « Prime time ». Deux questions, en effet, se posent : celle de l’écriture du mot, avec ou sans trait d’union, variation au pluriel, genre, et celle du sens.

Le Petit Robert ne connaît pas « drag-king » mais connaît par contre « dag-queen » qu’il propose avec un trait d’union et une inflexion plurielle sur « queen » : « des drag-queens ». Antidote propose la même inflexion au pluriel mais sans le trait d’union (tout en la mentionnant comme possible), indiquant par ailleurs « dragqueen » en un seul mot dans le cadre de l’orthographe rectifiée. Dans les deux cas, « drag-queen » est considéré comme de genre féminin.
Je vais donc opter, pour mes « drag-kings », pour le masculin, avec trait d’union et pluriel sur « king ».

Pour ce qui est du sens… La chose se complique. Je ne suis pas une spécialiste du « queer » ni des questions transgenres mais je vais m’y essayer, avec ma propre sensibilité en me basant sur l’article correspondant du Wiktionaire.
Il indique « drag-king » (sans trait d’union) comme « masculinisation de drag-queen » ce qui d’emblée est une proposition très grammaticale puisqu’en fait, il me semble qu’il s’agit plus d’une « inversion de genre » qu’une « masculinisation »… Ah ! langue à deux genres ; difficile d’en sortir tant il est vrai que dans notre langue française, il y a un masculin et un féminin, totalement incontournables avec néanmoins une certaine prédisposition souvent insoupçonnée au transgenre puisque certains mots « au masculin » désignent des objets féminins (et inversement) et que de nombreux masculins sont génériques.
« Drag-king » est ainsi posé comme un terme masculin au sens grammatical du terme (mais on pourrait aussi le mettre au féminin puisqu’il s’agit d’un terme étranger) qui désigne une personne de sexe féminin qui porterait des attributs du masculin… Il est formé à partir de « drag-queen », lui-même composé de « drag » et « queen ». Le sens de « queen » ne semble faire aucun doute, quelles que soient les sources : en anglais, « queen » désigne une « folle », une « tante » (ou une « reine » bien sûr). Quant à « drag », deux points de vues s’opposent : Wikitionnaire parle d’acronyme de « dressed as a girl (habillé comme une fille) » quand le Petit Robert suggère que le terme vient de l’anglais « to drag, traîner, à cause de la robe longue ».
Pour trancher, il nous faut une source incontestable. Ce sera donc Le Petit Madame H illustré qui fait autorité en matière de parler pédégouine. Il se range sur l’étymologique posée par le Petit Robert (à moins que ce ne soit l’inverse) et opte pour une écriture rectifiée en un seul mot.
Dans ce contexte, le « drag » de « drag-king » ne trouve sa raison d’être qu’en dérivé de « drag-queen », avec « king » en masculin pur de « queen », sans que ni « king » ni « drag » ne soient directement porteurs de sens. Voilà sans doute pourquoi Wikitionnaire parlait de « masculinisation ». Je préfère toujours dire « inversion », ne serait-ce que parce qu’il me semblerait incongru de ne pas pratiquer ici une lecture « transgenrée » de la langue.

Un « drag-king » est ainsi, et ce sera au final ma définition, une personne a priori de sexe (biologique) féminin qui se travestit avec les attributs vestimentaires et autres que la société assigne au genre masculin. Je m’en tiendrai là tout en posant néanmoins cette question : qu’est-ce qui permet (autorise ?) les rédacteurs de l’article « drag-king » du Wilitionnaire d’écrire, je cite : «  Les drag-kings manifestent par leur apparence physique leur appartenance au genre masculin et leur volonté d’accession à ses prérogatives. »…
Je laisse aux spécialistes des questions de genre discuter en ligne cette fort étrange proposition. Tenez-moi au courant ! Je me ferai volontiers l’écho des suites.


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[*Phrase extraite de Quartier rose, manuscrit, V1 février 2010.


Information publiée le lundi 22 novembre 2010.

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