LexCy(que)

Y devant i (hiatus)



Cy Jung — LexCy(que) : Y – i

Ma phrase (un texto de Sarah) : Je t’y imagine.

* Développement initial : 10 décembre 2010
* Addenda : 27 septembre 2015

Développement initial : 10 décembre 2010

Après m’avoir écrit cette phrase dans un texto, Sarah m’en a envoyé un second pour me dire « Cela sonne bizarre, les deux i à côté. Est-ce possible que « le avion » devienne « l’avion » ? » Quoi que c’est que cette histoire d’avion, Sarah ? Au téléphone, elle m’explique que « t’y imagines » est assez imprononçable, autant que « le avion » qui devient « l’avion » pour devenir prononçable. Comment faire alors ce type d’élision pour rendre la chose prononçable ?
Je me gratte déjà la tête tant j’ignore où aller chercher la réponse… Mais je veux faire cet article, les dernières lettres de l’alphabet manquent cruellement à mon LexCy(que).

Rien dans le Petit Robert ni Antidote. Le Littré, par contre, amorce une réponse : « Des grammairiens ont dit que, quand le verbe qui suit y commence par un i, on supprime ce pronom pour éviter la rencontre de deux i, qui formerait un son désagréable, et qu’ainsi, au lieu de : Il m’a dit qu’il y irait, il faut : il m’a dit qu’il irait. » Et de conclure « C’est une vaine délicatesse d’oreille. » Belle expression !
Le conditionnel qui entoure cette réponse me fait pousser mes investigations jusqu’au Grevisse. Un point [§659-3°] est consacré à la « suppression de y » : « Y se supprime devant le futur et le conditionnel d’aller », et également dans « il y a » quand il s’y répète. Il est vrai que je n’irais jamais écrire « J’y irais ». Mais pourquoi Grevisse n’étend pas cela à toutes les constructions où « y » précéderait un verbe qui commence en son « i » ?
Il me semble que c’est une question pour Pascale ! Elle est « surbookée », dit-elle… Elle me promet d’y répondre plus tard. À bientôt donc pour un addenda.

Addenda : 27 septembre 2015
J’ai retrouvé cet article qui attendait toujours la réponse de Pascale. Je lui ai reposé la question, et… enfin !

La réponse de Pascale.
Je suis écroulée de rire ; surbookée depuis 2010 !
En réalité, je n’avais aucun souvenir de cette question.
Pour un début de réponse, je dirais qu’effectivement ce hiatus est disgracieux, quoi que, mais surtout, il est difficilement prononçable.
Malgré tout, pour moi, « j’y irai » et « j’irai » peuvent ne pas avoir la même interprétation selon le contexte. Si tu dis « j’irai tout seul », rien ne rappelle qu’il s’agit d’un endroit précis dont il a été question quelque part dans une conversation ou un texte. Dire « j’irai », revient à laisser libre court à l’interprétation de l’interlocuteur. Tandis que si tu dis « j’y irai », s’il s’est endormi pendant la conversation, le pronom lui dira qu’il s’agit d’un endroit déjà mentionné.
Mais à vrai dire, il est bien rare que l’on ne sache pas de quel endroit il est question quand quelqu’un dit « j’irai ».
Il faut donc voir au cas par cas ce qui convient le mieux. Et pour les verbes qui ne commencent pas par « i », il faut vérifier que le sens reste clair avant de supprimer le pronom sans tambour ni trompette.

La conclusion de Cy Jung.
Merci Pascale ! J’en profite pour changer le titre de cet article, le terme « hiatus » me manquait.
Je ne trouve pas si disgracieux le hiatus « j’y irai » ; littéraire sans doute mais l’oral n’a-t-il pas aussi besoin d’un peu de littérature ?

Information publiée le vendredi 10 décembre 2010.

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