LexCy(que)

Faut-il que !



Cy Jung — LexCy(que) : Faut-il que !

Ma phrase [*] : Faut-il que mon chagrin soit si imperméable que ton sourire n’y puisse rien  ?

La création littéraire a ses mystères et il n’est pas rare que l’on choisisse des tournures sans véritablement savoir ce que l’on fait. C’est ce qui m’est arrivé lors de l’écriture de ce Photocriture : je suis partie sur cette phrase « Faut-il que… » et toutes les autres à suivre avec l’envie d’une exclamation… Et pourtant, j’ai mis partout des points d’interrogation allant ainsi jusqu’à la fin du texte.
Quelque chose me gênait pourtant ; je voulais être dans l’exclamation, sortir de l’interrogation, m’indigner en quelque sorte de tant de fatalités, mais demeurais infichue d’être certaine que je pouvais ainsi construire (penser ?) mes phrases. Je suis allée voir trois fois Antidote et deux fois le Petit Robert pour trouver un exemple d’une phrase construite sur « faut-il que » + point d’exclamation. Rien à faire. J’ai fini pourtant par mettre mes points d’exclamation, gardant l’interrogation pour ma dernière phrase. Antidote a aussitôt réagi, m’indiquant qu’une phrase interrogative ne termine pas un point d’interrogation. Mais n’existe-t-il pas des phrases affirmatives, exclamatives, qui se construisent en inversant verbe et sujet ?

Pour cette fois, le Grevisse a été très conciliant : je n’ai pas mis vingt secondes à trouver le paragraphe dont j’avais besoin [§402e]. Il indique que l’on « peut considérer comme des locutions servant à introduire une exclamation les formules suivantes, qui ont perdu leur sens originaire. », « faut-il que » étant dans la liste qui suit, aux côtés de « dire que » et quelques autres. Grevisse ne précise pas le sens à donner alors à « faut-il que ».
Un petit détour par le XMLittré me permet néanmoins d’affiner mon usage. Construit comme une interrogation ou une exclamation, « faut-il que » (+ subjonctif ou infinitif), au-delà d’un sens classique de « est-il besoin de… », s’emploie pour exprimer un regret. Est-ce cela que je voulais exprimer, des regrets ? Oui, et l’idée aussi que ce qu’il faut ne devrait pas forcément… Peut-être pourrais-je établir comme usage personnel le point d’exclamation pour exprimer franchement le regret, le point d’interrogation pour laisser un doute et rester dans la question. Voilà qui ouvre un bel axe de travail ; j’y cours.

Et ma première phrase, mais pas toutes les autres devient : Faut-il que mon chagrin soit si imperméable que ton sourire n’y puisse rien  !
Ah ! si point ne s’en fallait… [**]


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[*Phrase extraite de « 199508_03 », Photocriture.fr, 9 décembre 2010.

[**Sur les usages en matière de négative avec « il s’en faut que », le XMLittré vous dit tout dans sa remarque sous le point 14.


Information publiée le mercredi 15 décembre 2010.

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