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Cheffe écrivaine suisse



Cy Jung — Cheffe écrivaine suisse

Ma phrase [*] : Nous avons eu la visite-surprise de la cheffe de la sûreté, à propos de la porte et des vigiles.

Développement initial (2 janvier 2011) : Les règles de féminisation des termes de métier.
Addenda (8 août 2012) : Comment féminiser un groupe comportant des femmes et des hommes ?

Développement initial : Les règles de féminisation des termes de métier

Une polémique dans le cadre des élections régionales de mars 2010 — et dont j’ai oublié les circonstances — sur l’usage du terme « cheffe » m’a fait écrire dans ce manuscrit « ffe » le féminin de « chef », moi qui suis très attachée à la féminisation des termes de métier mais il semble qu’il ne faille pas. Antidote me l’indique comme « Mot n’existant pas » là où le Petit Robert le considère comme « courant en Suisse ». Le Wikitionnaire propose également « cheffe » ou « chèfe ».
Alors, « cheffe » ou pas « cheffe » ?

Ma « bible » en matière de féminisation des termes de métier est Femme, j’écris ton nom… : guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions, en téléchargement gratuit sur le site de la Documentation française.
Les recommandations sont en général redoutables ; j’y ai appris que j’étais une « écrivaine » bien avant d’être « Fière de l’être » et, si j’étais « chef » en Suisse, alors je serais « cheffe » ; en France, il semble que non, considérant que « La solution de l’épicène a été retenue pour les quelques rares cas dont la féminisation est sentie comme difficile. » Un « épicène » ? « Se dit d’un nom qui désigne à la fois le mâle et la femelle », dit Antidote. J’aurais encore appris quelque chose.
J’ai d’ailleurs un peu de sang suisse puisque j’ai été baptisée dans le canton de Vaud ! Je vais donc pouvoir renoncer à l’épicène et garder mon « cheffe », au moins dans ce roman ; j’aime bien faire des « essais linguistiques » dans mes roses, sans assurance que je les reproduirai ensuite. Et je complète cet article un peu court par un petit tour par les professions de mes personnages.

Cy Jung — Once upon a poulette Cy Jung — Es ist eine pouletteJeanne et Zoé (Once upon a poulette, 1998 ; Es ist eine Poulette, 2000) étaient respectivement machiniste et journaliste. Aucun problème de féminisation.

Cy Jung — Carton roseDans Carton rose, les choses se compliquent. Annick Pusillame est « chef de laboratoire » avec l’article « la » pour marquer le féminin : « La précédant dans l’étroit local qui servait d’antichambre au vaste bureau de la chef de département, la fidèle secrétaire lui tendit une tasse de thé. » (2003, p.7).
Le Petit Robert indiquait à propos de ce « la » que « Le féminin la chef est employé par familiarité ou pour des fonctions techniques ». Bigre ! Ce n’était pas mon intention.

Cy Jung — Bulletin roseDans Bulletin rose, Florence était énarque, secrétaire d’État et future députée, dont le féminin semble largement admis peut-être parce que le « e » reste muet. J’ai remarqué que si je dis que je suis auteure, cela pose moins question que si je dis que je suis écrivaine. On me répond souvent « Ça sonne mal ; il y a vaine, dedans. » Et dans « écrivain », il y a « vain », non ? J’en conclus qu’il nous faut rester discrètes et mieux vaut épouser des professions à l’e muet.
Dans Bulletin rose, toujours, j’avais également un médecin, heureusement de sexe masculin car si j’avais écrit « une médecine », à moi aussi cela m’aurait fait étrange. Le Guide d’aide à la féminisation nous propose ici, à l’instar de « chef » de pratiquer l’épicène, avec l’argument supplémentaire que le nom « médecine » existe déjà et désigne autre chose qu’une femme médecin. Les médecines resteront donc médecins.

Cy Jung — Diadème roseDans Diadème rose, j’ai des princesses, des princes, des rois, des reines, des comtes, des marquises… Les systèmes monarchiques ont toujours prévu une place pour les femmes, beaucoup plus facilement que les systèmes républicains. C’est dommage pour nous mais pratique pour la féminisation des termes de métiers. Par contre, ma roturière de Marjolaine est docteure en Anthropologie. Dans mon plan, j’ai mis « docteur » au masculin et dans mon texte ? « Le fait était rare : dès qu’elle évoquait sa situation professionnelle, le contact se rompait sans qu’elle ne pût dire si c’était son statut de docteure en Anthropologie politique ou celui d’hôtesse de caisse au Minimarge qui effrayait — ou débectait — ses interlocutrices. » (2005, p.11). Ouf !

Cy Jung — Mathilde, je l'ai rencontrée dans un train Cy Jung — Un roman d'amour, enfin Dans Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train et dans Un roman d’amour, enfin, il doit y avoir des professions mais je ne les ai pas notées dans mes documents de travail. Elles sont donc difficiles à retrouver… car oui, je n’ai qu’une mémoire très partielle de mes livres ; une fois édités, je ne les ouvre plus.
Reste Camellia rose où j’ai une institutrice, une retraitée, une inspectrice, une directrice, une infirmière, une professeure (de médecine), une liseuse prosélyte… Aucune difficulté.

Je conclurai ce petit inventaire par un des textes que j’ai écrit sur une photographie de Sarah Budki, dans le cadre de notre blog, Photocriture.fr. Il y est question d’une conseillère financière et d’une plombière. Bonne lecture !

Addenda : (8 août 2012) : Comment féminiser un groupe comportant des femmes et des hommes ?

À l’occasion du lancement de son service exclusif « Dédiline », feu la librairie LivresBoibel.com avait écrit « Ce rayon est unique sur Internet et regroupe les auteur(e)s qui ont répondu favorablement à notre demande de dédicace par correspondance. » J’avais aussitôt indiqué à Christine et Valérie que « les femmes ne se mettent pas entre parenthèses », principe d’écriture que j’ai appris, je ne sais quand ni où, et qui est une manière de signifier une typographie politiquement admise pour indiquer la présence de femmes dans un groupe, soit le trait d’union : « auteurs-res » ou « auteur-re-s ».
On pourrait aussi écrire « auteures-rs » ou « auteure-r-s », puisque l’on défend aujourd’hui l’égalité « femme-homme » et non « homme-femme » ; c’est le cas d’Osez le féminisme ! et de Féministes en mouvement, collectif de plus d’une quarantaine d’associations.
Mais d’où vient cette règle typographique ?

Je n’en trouve évidemment pas trace dans le Lexique de l’Imprimerie nationale, ni dans le dictionnaire d’orthotypographie, Antidote me le signale incorrect. Je ne trouve rien dans Grevisse. Je cherche un peu sur le Net et trouve un blog [aujourd’hui disparu, 6 février 2017, NdCy] qui indique que la ville de Clamart a adopté le point, ce qui donne « auteurs.res » sur des arguments que contredit un autre blog aujourd’hui disparu (avril 2015).
Pour ma part, je n’utilise aucune de ces typographies. Je les trouve sans objet. Car s’il est essentiel de nommer les femmes pour qu’elles existent, alors nommons-les « vraiment », en redoublant le mot au féminin puis au masculin, ce que je fais très souvent sans trouver que cela produit un résultat « lourd », comme il est souvent dit sans autre argument. Dans mon exemple, cela donnerait : « (…) et regroupe les auteures et les auteurs qui ont répondu (…) ».
Et quand on ne redouble par le terme, si l’on considère que « les auteurs » forment un groupe mixte, oui, le masculin l’emporte en grammaire française. J’en suis marrie. Mais je n’y peux rien.

Si bien sûr vous avez des arguments pour étayer une typographie plutôt qu’une autre, écrivez-moi ; si c’est gentiment dit (je précise car c’est le type de sujet qui déclenche les passions), je m’en ferai volontiers l’écho.


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[*Phrase extraite de Quartier rose, manuscrit, V1, février 2010.


Information publiée le mercredi 8 août 2012.

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