LexCy(que)

En pensée



Cy Jung — LexCy(que) : En pensée

Ma phrase [*] : — Ne me fait pas dire ce que je n’ai pas dit ! se défendit Simone qui ne souhaitait pas se faire la complice d’un crime, même en pensées.

Voilà une petite question comme je les aime : « pensée », dans ce contexte, se met-il au singulier ou au pluriel ? Autrement dit, est-ce qu’il s’agit ici de « la pensée », on tuerait « par la pensée », ou «  des pensées », on tuerait alors « dans ses pensées » ? Que dit l’usage ?

Antidote propose quatre exemples qui semblerait dire que « en pensée » est plutôt synonyme de « par la pensée » : « venir en pensée » ; « revoir en pensée » ; « étayer en pensée » ; « caresser en pensée ». Mais aussitôt, il propose « s’égarer en pensées »… sans doute dans un sens de « s’égarer dans ses pensées » bien qu’il soit possible de s’égarer par la pensée, « en pensée » (singulier) donc.
Je pousse mes investigations vers le Petit Robert. Il propose directement « en pensée » au singulier en lui associant le sens « par la pensée ». Le XMLittré propose en citation illustrant le sens 1 « Ce que l’esprit imagine ou combine  », une citation de Bossuet « Tant il est vrai que tout se tourne en révoltes et en pensées séditieuses, (…) » ; un pluriel, donc, tant la sédition il est vrai peut naturellement porter à de multiples pensées ! Plus loin, nous avons affaire à Boileau cette fois pour illustrer le sens 5 « Dessein, projet, représentés comme n’étant encore qu’en idée » avec cette citation « Voltige incessamment de pensée en pensée ». Et c’est tout. Choisir entre Bossuet et Boileau… Le second propose une construction bien particulier, « de… en… » qui induit souvent le singulier quand le premier associait les « pensées séditieuses » à des révoltes, induisant naturellement le pluriel.
Je me tourne vers le TLF qui ne reprend pas l’expression mais il n’en est finalement guère besoin. La question à se poser est quel sens on souhaite donner à l’expression. En l’espèce, il semble plus logique que Simone ne souhaite pas se faire la complice d’un meurtre « par la pensée », au singulier donc, cas qui semble de toute façon le plus fréquent.

Ma phrase devient ainsi : — Ne me fait pas dire ce que je n’ai pas dit ! se défendit Simone qui ne souhaitait pas se faire la complice d’un crime, même en pensée.


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[*Phrase extraite de Quartier rose, manuscrit, V1, février 2010.


Information publiée le lundi 31 janvier 2011.

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