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Quoi que concède aussi l’indicatif



Cy Jung — LexCy(que) : Quoi que concède aussi l'indicatif

Ma phrase [*] : Quoi que tu feras, rien n’y changera.

Chacun sait, sans pouvoir en douter, que les « constructions concessives » sont d’ordinaire suivies d’un subjonctif. Hélène me l’avait déjà fait remarquer dans un précédent Photcriture où ma phrase était : « Monsieur Rotumalpois ne portait pas de bretelles bien qu’il avait du ventre. » [**] Cela nous a valu un bel échange de commentaires et alors que je récidive dans un usage de l’indicatif dans une « construction concessive », « quoi que », en l’espèce, il est temps que je fasse le point sur cette affaire.

Je commence par Antidote. Il indique que l’on utilise « presque toujours » le subjonctif, précisant ensuite deux usages plus fréquents de l’indicatif : quand la proposition concessive est introduite par « tout », subjonctif ou indicatif sont possibles ; quand elle est introduite par un adjectif autre que « quel », adjectif non modifié par un adverbe, l’indicatif est lui de rigueur.

Pour tenter d’expliciter de « presque toujours », je me tourne vers Grevisse.
Il consacre plusieurs articles à ce qu’il nomme « proposition de concession » et en donne la définition suivante : « La proposition de concession indique qu’il n’y a pas eu la relation logique attendue entre le fait qu’elle exprime et celui qu’exprime le verbe principal. Elle énonce notamment une cause non efficace, contrariée, qui n’a pas eu l’effet que l’on pouvait prévoir. » (§1147) Grevisse fait ensuite le détail de l’usage du subjonctif (§1150) en indiquant que l’indicatif est revendiqué par certains auteurs, soit sous l’influence de la langue parlée, soit en référence à une traduction ancienne qui réservait l’indicatif aux « choses certaines ».
C’est ce qui m’avait convaincue d’utiliser l’indicatif à propos du ventre de monsieur Rotumalpois, considérant que la chose était certaine ; et je renouvelle l’opération aujourd’hui, considérant qu’il est à la fois certain que « tu » feras des choses qui solliciteront la mansuétude de « je » et que rien, alors, ne « changera ». Ai-je bien compris la nuance ? Rien n’est plus sûr !
J’ai posé la question à Pascale qui, tout en prenant acte de ce qu’en dit le Grevisse, m’indique ne pas voir ce qu’apporterait ici mon futur. Elle me proposait la rédaction suivante : « Tu pourras faire ce que tu veux, rien n’y changera. » Il est vrai que c’est exactement l’idée… mais je préfère la rédaction avec le « quoi que », plus rapide, plus conforme à une parole… orale ? Oui, sans doute que l’oralité de cette pensée me donne un nouvel argument.

Je laisse donc mon futur, en espérant ne pas faire trop râler Hélène ! Ah ! Malherbe. C’était qui, d’ailleurs, ce Malherbe ? Un puriste, il semble…
« Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses,
« L’espace d’un matin. »
Gageons que mon indicatif ne subira pas le même sort !


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[*Phrase extraite de « 201104_01 », Photocriture, 15 avril 2011.

[**Phrase extraite de « 201008_03 », Photocriture, 1er mars 2011.


Information publiée le lundi 18 avril 2011.

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