L’accessibilité numérique basse vision

Mis à jour le 5 janvier 2022

À l’été 2019, j’ai publié un très long article sur mon site consacré à l’accessibilité numérique basse vision ; j’y détaillais, exemples à l’appui, tout ce qui m’est illisible et proposais des solutions. Cet article a été particulièrement consulté, ce d’autant que je donnais le lien à toute personne m’empêchant de lire par ses (non-)choix techniques de communication.
La refonte de mon site me faisant perdre cet outil pédagogique contre le validisme ordinaire, j’ai décidé d’actualiser cet article et de le réduire en supprimant les illustrations, les exemples, ne laissant que les analyses, conseils et ressources qui me semblent essentiels (au sens de « élémentaires »). J’ai réalisé un pdf non indexé avec l’article original ; et dispose d’une version texte. Vous pouvez, si besoin, me les demander (gentiment).

Introduction

Quand une personne valide pense « déficient visuel » ou « malvoyant », elle pense « aveugle », en tant que personne qui est « dans le noir ». Cette personne (vous ?) n’a, dans ce contexte, aucune raison de se poser la question de savoir si son mail, sa publication Facebook ou Twitter, son blogue ou son site, sont lisibles par ce déficient visuel : il ne voit pas, il est d’emblée hors-jeu ; et la personne valide a la conscience tranquille.
Pourtant, les aveugles qui sont « dans le noir » (65.000 personnes pour 1,2 million de malvoyants profonds et moyens selon l’enquête HIF-Insee actualité 2008) disposent d’outils de lecture (liseuses sonores, traducteurs et claviers braille, applis…) que je connais d’ailleurs mal car, si je suis déficiente visuelle en « basse vision » (vision inférieure à 1/20), je ne suis pour autant pas « dans le noir ». Quand certaines conditions sont remplies, je peux lire, écrire, ce d’autant que je dispose d’un ordinateur, d’une tablette, d’un ordiphone. C’est d’ailleurs grâce à l’ordinateur qu’à la fin des années 80 (au siècle dernier, donc) j’ai découvert le plaisir de lire ce que j’écris en simultané ayant passé les vingt années précédentes à écrire sans lire en direct ce que j’écrivais.
Depuis ce temps révolutionnaire de l’Amstrad PC1512 et son écran vert à police pixélisée jaune, je me suis adaptée aux outils numériques en utilisant rapidement des Mac, Apple ayant toujours été à la pointe du sujet. Les plus aguerris à l’accessibilité numérique vont sitôt me répondre qu’ils n’ont pas besoin de faire des efforts puisque Voice over est intégré à IOS et gère à lui tout seul l’accessibilité. Certes. Mais Voice over est un système complexe, voire une usine à gaz, qui n’est pas aisé d’utilisation et qui ne permet pas forcément de pallier les défauts techniques d’accessibilité. Je lui préfère les zooms, les affichages en mode liseuse, les caractères que l’on peut agrandir à la demande, la saisie via Dictée, quelques fonctions de Siri, les lecteurs d’écran et d’images qu’en cas d’extrême nécessité.
Les outils pour lire plus facilement sont donc nombreux, et aisés à configurer pour l’utilisateur malvoyant si tant est que les concepteurs numériques y mettent un peu du leur. Ce n’est pas le cas, l’argument principal étant celui de l’esthétique : le paraître au détriment de l’accessibilité ; un vaste débat ; une trop cruelle réalité. Concrètement, avec l’augmentation de la résolution des écrans et de l’utilisation de gadgets visuels dont les valides raffolent, l’accessibilité visuelle par défaut est de moins en moins une évidence. Il ne se passe pas un jour, notamment sur des médias institutionnels, où ma lecture ne soit contrainte par la contemption généralisée pour les déficients visuels toutes catégories confondues ; un bon million de personnes, tout de même… Une quantité négligeable ? Sans doute y en a-t-il autour de vous avec qui vous communiquez régulièrement sans ne vous être jamais posé la question de savoir s’ils vous lisaient aisément.
J’ai donc décidé de rédiger cet article pour éviter de rabâcher toujours la même chose, en espérant que les éléments d’information que j’y compile convaincront les valides qu’ils ne sont pas obligés de pratiquer le validisme numérique, même par méconnaissance du sujet. Je précise que je ne suis pas une professionnelle de ces outils. Je gère certes des sites en Spip (CMS que je code également) et Wordpress (dont La Vie en Hétéronomie dont je vous recommande les nombreux billets « Bibgleuse@ ») et j’anime des pages Facebook associatives en plus de la mienne et mon compte Twitter ; je suis donc avant tout une utilisatrice de ces outils numériques dont il ne faudrait pas grand-chose pour qu’ils me simplifient véritablement la vie et, mieux encore, ne me donnent pas l’impression que mes interlocuteurs cultivent un mépris profond pour ma déficience visuelle.

Pour mieux appréhender mon exposé et mes recommandations, il est important de comprendre ce que sont les déficiences visuelles. Il y en a autant que de déficients visuels mais il demeure quelques constantes. Je présente la mienne dans mon livre-témoignage Tu vois ce que je veux dire, vivre avec un handicap visuel (2001) et en version roman, dans Kito Katoka (2021). Elle n’est jamais référencée, l’albinisme étant une maladie rare à faible prévalence en France et aux conséquences visuelles multiples : basse vision, photophobie, nystagmus, champ visuel restreint, absence de vision binoculaire et au choix, hypermétropie, astigmatisme et/ou myopie auxquels, bien sûr, la presbytie, la cataracte, le glaucome… peuvent se mêler avec l’âge. Enjoy !
Vous trouverez en ligne de nombreuses présentations des types majeurs de déficience visuelle, par exemple sur ce blog.

Sommaire

Pour faciliter votre navigation, des ancres sont implantées dans les numéros des parties.

1Le Référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA)
Parenthèse sur les zooms.
2Les images
Les images non signifiantes. Les images signifiantes. Associer un texte à toute image. Les cartes interactives. Les CAPTCHAs. Les infographies projetées. Envoyer une photo par téléphone et ordiphone. Les films.
3Les textes
Les polices. Recommandations typographiques. Le point médian. Les mails. Les liens.
4Les documents en téléchargement
5Les applis mobiles
6Ressources et aides à la lecture
7Petit bonus à l’intention des lecteurs basse vision et des valides aux yeux fatigués. Point de vocabulaire « Vous avez dit PMR ? »

1 — Le Référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA)

Le RGAA définit les normes techniques d’accessibilité des services de l’État, des collectivités territoriales et des établissements publics pour Internet, le téléphone et la télévision. Il s’adresse aux concepteurs de ces médias et à leurs donneurs d’ordre. La version 4 a été publiée par arrêté au JORF du 20 septembre 2019. Ce règlement est désormais opposable aux entreprises privées et sa non-application peut entraîner des sanctions financières.
Ce référentiel est complexe. Je ne le connais pas. Je le signale car les responsables politiques, les agents publics et les entreprises privées doivent savoir que ces règles leur sont [opposables→https://fr.wikipedia.org/wiki/Droit_opposable]. Je pourrais, par exemple, lancer une action en discrimination parce que je ne peux lire un site public. Chacun aura noté que ce genre d’action est très rare. Les handicapés sont souvent considérés comme des emmerdeurs (si si !) ; ils ne le sont pas tant qu’ils pourraient l’être…

Parenthèse sur les zooms

Il existe deux sortes de zoom, celui intégré au navigateur (menu Affichage en général) et celui du système, au moins sur IOS (je ne sais rien de Windows ni de Linux) dans les Préférences systèmes, Accessibilité, Réduire/Agrandir (le même outil existe dans l’iPhone et les iPad). Le premier en général grossit le texte de la page là où le second permet de pointer un élément de celle-ci, par exemple un chiffre difficile à lire, une image…
Sur de nombreux sites, des bogues corrompent l’usage du zoom navigateur :
* les caractères se mélangent d’une ligne sur l’autre (problème de hauteur de ligne proprostionnelle, je suppose) :
* on perd des menus, je peux ainsi chercher longtemps des fonctionnalités qui ont tout simplement disparu parce que j’ai zoomé ;
* on perd une vision globale de la page, ce d’autant que souvent les blocs sont plus grands sans que les textes à l’intérieur ne grossissent vraiment.
Enfin, certains sites proposent un outil interne qui permet de zoomer ; on le repère (ou pas) avec des petits A grands A en en-tête de site ou sur les articles. Quand cela fonctionne, cela peut être pratique mais souvent, le grossissement ne gère pas les interlignes et cela devient illisible. Ou alors, il est bridé.
Verdict ? Testez vos sites jusqu’à ce que les caractères atteignent un bon centimètre. Si rien ne se superpose et que les menus y sont encore, tout va bien.

2 – Les images

Les images non signifiantes

J’entends par là les images qui sont destinées à « faire joli », c’est-à-dire qu’elles ne comportent pas d’informations en plus du texte qu’elles illustrent. Si vous ne les décrivez pas, vous prenez juste le risque que le déficient visuel y prenne une vessie pour une lanterne ; ce n’est pas un souci pour lui ; il en a l’habitude.

Les images signifiantes

On les appelle aussi « infographie » : il s’agit d’images au sens informatique du terme (en .jpg pour la plupart) qui comprennent des informations texte ou un montage de texte et d’images. Elles sont beaucoup utilisées sur les sites et sur les réseaux sociaux et peuvent contenir des informations essentielles sans alternatives texte : consignes de sécurité (canicule, inondation, gestes barrières covid, etc.), procédures administratives ou notices techniques, plans d’accès, etc.
Comment faire alors si l’on veut garder ce mode de communication qui fonctionne bien avec les valides sans discriminer les déficients visuels ? Sous chaque infographie, on peut proposer une transcription textuelle de l’image, ou une transcription vocale (les deux, c’est mieux). D’une manière générale, il est recommandé d’associer un texte à toute image. Cela vaut aussi pour les réseaux sociaux. Sur Facebook, l’animateur de réseau peut remplir le champ « Description » associé à toute image. Sur Twitter, on peut activer la fonction « Composer des descriptions d’image » dans les paramètres d’accessibilité mais ces descriptions ne sont accessibles qu’à certaines applications. Pour être accessible à tous, le plus simple reste d’insérer un lien vers un site où l’information est en mode texte.

Dans la catégorie des images signifiantes non lisibles, j’ajoute volontiers les emojis (émoticônes ou smileys, on les appelle comme on veut) et autres .gif animés dont le sens est produit par l’image elle-même.
Imaginez.
Nous déjeunons ensemble. Nous sommes à deux mètres environ. Vous êtes une femme, dans mes âges, féministe, écolo, anarchiste et convaincue d’être sexy… Vous me faites un clin d’œil de type « Je rejouerais bien la révolution sexuelle avec toi. » Je ne bronche pas. Mais pourquoi ? Parce que vous n’êtes pas mon genre ? Impossible. Votre déduction est donc hâtive : je ne vois pas les expressions du visage ni les regards à cette distance-là, à part les larges sourires. Alors, pensez ; face à une bobinette dans un texto, qu’est-ce que je peux voir à part des ronds jaunes avec plus ou moins de taches de couleur ? Dire ses émotions en mots est-il si compliqué ? Je vous invite à le tenter en vous assurant de mon indulgence (je suis cap’, promis).

Les cartes interactives

Voilà une autre catégorie de visuels à laquelle je peine souvent à avoir accès alors qu’elles peuvent avoir leur importance : trouver une fontaine, un service public, une station de métro… Il n’est pas difficile d’imaginer la publication en parallèle d’une liste des lieux en format texte obéissant aux normes d’écriture qui permette à chacun de la formater à son œil constitue une solution simple. Cette liste n’est pas un travail supplémentaire : les infographistes en ont forcément une pour créer la carte. Il suffit de la publier sur les sites et les applis.
Vous noterez également que dans les applis de cartes dans les ordiphones les plans peuvent être grossis… mais qu’au fur et à mesure que l’on grossit, les noms de rues, eux, restent invariablement écrits en petit. Pourquoi ? Je ne sais pas.

Les CAPTCHAs

Cet outil de sécurité est un verrou infranchissable pour nombre de déficients visuels, dont moi. Il existe des versions que l’on peut vocaliser, ce qui est un moindre mal si tant est que cela soit audible (faites le test, c’est rare). Quant à ceux où il faut résoudre des puzzles, identifier des photos parmi d’autres photos… misère.
Wikipédia vous dit tout sur l’accessibilité des CAPTCHAs.

Les infographies projetées

Il est de bon ton aujourd’hui de projeter sur écran une présentation lors des conférences, cours, réunions d’information, en présentiel ou en visio… Même si cette présentation n’apporte pas d’informations particulières par rapport à votre discours (c’est le cas dans 99 % des cas, comme on me l’a argué), le support visuel peut être utile pour rester attentif, ou se représenter les choses (oui, les déficients visuels disposent de la fonction cognitive « représentation du monde » même si les images qui arrivent dans leur cerveau ne sont pas terribles.
Comment faire ?

J’ai passé mon PSC1 à la Croix rouge ; j’ai indiqué ma déficience visuelle à l’inscription. La formatrice m’a alors spontanément proposé de m’envoyer le support de formation. Je l’ai téléchargé sur ma tablette et ai pu, avec le zoom de l’iPad, suivre sans difficulté.
Verdict. Quand vous organisez une conférence, un cours, une réunion, indiquez aux personnes de vous signaler si elles sont déficientes visuelles et demandez-leur de quoi elles ont besoin selon les supports visuels que vous utilisez. C’est aussi simple que cela ; cela s’appelle l’inclusion (et cela peut s’appliquer à tous les handicaps).

Envoyer une photo par téléphone et ordiphone

En plus de vous demander si l’appareil de votre destinataire affiche les photos (et les émoticônes), vous pouvez aussi vous interroger sur sa capacité à voir ce que contient la magnifique photo que vous avez envie de partager. Le plus étrange, dans cette affaire, c’est la relation de chacun au partage : je peine à comprendre que l’on puisse « balancer » (je n’ai pas d’autre terme) quelque chose à l’autre sans se demander s’il est en mesure de savoir de quoi il s’agit. C’est pourtant ce qu’il se passe quand une personne qui m’est très proche (très très proche), qui connaît parfaitement ma déficience visuelle, m’envoie une photo sans texte d’arbres couverts de neige sur fond de champ enneigé… Que me dit-elle alors ? Que je suis bigleuse ? Pas autre chose.
Cela dit, comment faire ?
De nombreux déficients visuels ont un ordiphone sur lequel on peut envoyer des photos, mettre des émoticônes dans ses textes, etc. Si besoin, certains ordiphones peuvent décrire les émoticônes. Pour les photos, il suffit d’être un chouia perspicace dans le texte joint à la photo : « Coucou ! Il neige. C’est magnifique. Tout est blanc ! On voit à peine les arbres se dessiner sur la neige. Gros bisous. »
Mon cerveau fait le reste et imagine des arbres qui sont couverts de neige dans un champ enneigé. Oui, mon cerveau car il est temps de vous le dire : contrairement à ce que pense le personnel du CCAS que je fréquente, un déficient visuel n’est pas forcément simultanément sourd, déficient mental et psychotique ; il peut, bien sûr, mais ce n’est pas la majorité. Autrement dit, il comprend ce qu’on lui dit, même au second degré qu’il pratique quotidiennement tant il lui est nécessaire pour encaisser le validisme ordinaire.

Les films

Le 29 décembre 2020, j’ajoute un point sur les films qui sont de plus en plus utilisés par les institutions pour communiquer. S’ils comprennent des informations visuelles non décrites, les personnes déficientes visuelles ne sauront pas ce qu’il s’y passe. C’est une évidence ? Je me le demande…
La solution technique s’appelle audiodescription. D’après l’AVH qui en fait une présentation complète (document pdf), cela coûte entre 50 euros et 70 euros la minute…

3 - Les textes

Les polices

On recommande le plus souvent les polices « bâton » (celles dénuées de toute fioriture) tel que Arial ou Verdana. Il y a plus d’espace entre les lettres de la seconde, ce qui pourra être un atout pour certains. Une police a également été développée spécifiquement, Luciole.
Il existe aussi une police pour les DYs qui [plaira à tous→https://outilstice.com/2016/09/dyslexiefont-police-de-caractere-concue-pour-les-dyslexiques/] ; moins à moi mais je vous le pardonnerai (pour cette fois).

Recommandations typographiques

Celles-ci s’appliquent aux textes qui peuvent être mis en forme, ceux des traitements de texte, des mails, des articles de sites et blogues… Il ne s’agit pas de s’opposer à la mise en forme, à ce qui rend un texte « joli » voire agréable à lire. Je suis par exemple très attachée à la justification sur mon site là où il est recommandé par l’AVH de laisser les textes en fer à gauche. Je lis mieux ainsi. Ceci pour dire qu’il y a autant de déficients visuels que de déficits visuels. Vous ne pourrez jamais tout bien faire pour tout le monde. Par contre, votre attention à la lisibilité de vos textes en améliorera la lecture pour tous, vous compris.
* Écrire en noir sur blanc de manière à assurer un bon contraste. Certains déficients visuels vont avoir besoin d’inverser ; ils ont les outils pour à partir des versions textes issues d’un traitement de texte avec des outils ad hoc. Évitez au maximum la multiplication des couleurs, notamment à celles à faible contraste. Des sites testent les niveaux de contraste.
* Pour la taille des polices, il n’y a pas de règles car il existe des outils pour mettre à son œil. Les trop petits caractères arrachent les yeux des valides et les trop gros les découragent. Une base 12 points devrait convenir à tous assortis des bons zooms, bien sûr.
* Éviter le souligné qui mange les caractères ou tout effet qui déforme les lettres. Pour les liens hypertextes, c’est pourtant ce qui est recommandé. Voici un exemple de l’impossibilité de satisfaire tous les déficients visuels.
* Éviter les mots tout en majuscules. Faisons un test : si j’écris « Anticonstitutionnellement » ou « ANTICONSITUTITONNELLEMENT » (sic) [je laisse la faute, que l’on me signale, preuve que je ne lis vraiment pas], lequel des deux mots vous lisez le mieux ? Si c’est le second, je vous dois une pizza. Le mot tout en majuscule forme un parallélépipède rectangle (un gros pavé) là où celui en minuscule avec capitale initiale apparaît en une succession de syllabes qui sont facilement identifiables. En voilà la raison. Quant à la capitale initiale, elle obéit à des [conventions typographiques_>https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Conventions_typographiques] ancestrales qu’il suffit de respecter.
* Inutile de mettre du gras dans les textes, cela corrompt la lecture et votre lecteur est assez intelligent pour savoir spontanément ce qui est important si, bien sûr, votre texte est bien écrit. Réservez-les aux titres, cela aide à appréhender la structure des textes.
* L’italique peut corrompre la lecture. Son usage selon les conventions typographiques aide néanmoins à la compréhension du texte.
* D’une manière générale, prendre soin de la qualité rédactionnelle, typographique, grammaticale et orthographique d’un texte aide à la lecture dans la mesure où « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. », et inversement !

Le point médian

L’écriture dite inclusive ne se résume pas au fameux point médian que l’on trouve désormais à toutes les sauces et sans véritable cohérence sémantique (donc politique). Vous trouverez sur ce site un Manuel d’écriture inclusive que je porte à votre réflexion. Pour ma part, je travaille avec le sexisme de la langue française depuis plus de vingt ans. Jamais je n’ai eu la sensation d’être brimée dans l’expression de mon féminin lesbien ; j’ai toujours trouvé des solutions qui m’allaient, privilégiant toujours la syntaxe et le vocabulaire.
Pour ce qui est du fameux point médian, je n’ai jamais éprouvé le besoin de l’utiliser, ce d’autant que sa présence dans un mot déforme ce mot et contraint ma lecture. Peut-être n’est-ce qu’une habitude de lecture ? En tout cas, un mot de type « lecteur·ice » m’apparaît comme un mot nouveau et non comme la combinaison de deux autres. Il n’est pas entré dans ma base de données de mots dans sa forme physique. Le sera-t-il un jour ? Je l’ignore.
Si vous décidez d’utiliser le point médian par choix politique, c’est un argument que j’entends même si cela corrompt la lecture de la déficiente visuelle que je suis. Mais, au moins, utilisez le bon ! Le « . » ou le « • » et « · » ne sont pas le même point : visuellement, le résultat est bien différent ; « écrivain.e », « écrivain•e » ou « écrivain·e » ne se lisent pas de la même manière, et c’est bien là que l’on mesure que le point médian, le vrai, arrête moins la lecture que les deux autres. Il n’a pas été choisi par hasard.
Pour savoir comment faire sur vos différents claviers, Wikipédia vous dit tout.
Quant aux bons petits soldats de la domination masculine qui méprisent chaque instant les personnes handicapées sauf quand cela les arrange… cela s’appelle de l’instrumentalisation. Pour casser les préjugés, je vous invite à consulter cet article de Sylvie Duchateau sur les lecteurs vocaux et l’écriture inclusive.

Les mails

Il est possible de configurer ses mails pour qu’ils soient rédigés au « format texte » qui s’oppose au format html (dit « texte enrichi »). On ne peut alors pas mettre de gras, de soulignés, de couleurs… mais on améliore l’accessibilité de sa communication car le format texte est lisible par tous. Ce format a ma préférence car il me permet d’utiliser mes outils d’adaptation pour les lire. Le format html peut néanmoins ne pas être un souci à partir du moment où les recommandations d’écriture et d’utilisation des images sont respectées.
La configuration par défaut s’établit dans les Préférences de votre appli ou votre logiciel de mail. J’ai cherché pour Mail de Apple que je n’utilise pas. Il y a un onglet « Rédaction » où l’on choisit « Format texte » ou « Format texte enrichi ». Dans les webmail, il faut parfois chercher un peu. Pour Gmail (que j’utilise par dépit tant son accessibilité compense sa force d’intrusion), c’est assez simple, il faut cocher la bonne case à partir du menu disponible dans chaque nouveau message, juste à gauche de la poubelle, qui est tout en bas à droite.
Il n’est pas rare que je mette des lettres d’info à la poubelle et m’en désinscrive uniquement parce qu’elles sont plus jolies que lisibles, notamment parce qu’elles sont trop larges pour ma configuration de lecture. Elles peuvent être aussi tout simplement mal codées par des infographistes qui oublient de les tester sur les affichages gros caractères. J’en profite en général pour les classer en pourriel. Tant pis pour l’expéditeur ! On m’exclut : bye bye.

Les liens

J’ai déjà évoqué la recommandation selon laquelle les liens sont plus accessibles soulignés, ce que mon œil perçoit comme caractère barré (et que je ne pratique donc pas). Je préfère aussi les liens « courts » au sens où ce qui apparaît en lien ne dépasse pas les deux mots. J’utilisais donc volontiers des adverbes non signifiants de type « ici », «  », « là-bas » considérant que leur association à mes phrases les rendait compréhensibles moi qui pourtant ne les supporte pas dans la vie quotidienne.
Sylvie Duchateau, médiatrice en accessibilité numérique, et néanmoins amie, m’a écrit : « Je suis passée sur ton site. Avec le lecteur de liens de Voice over, c’est compliqué tes « ici », «  » et « lala ». Si j’ai trois « ici », comment je fais pour savoir de quoi il s’agit ? »
Voilà qui démontre que l’on peut toujours exclure son prochain, même en l’étant soi-même. Depuis, j’essaie à créer des liens signifiants et vous y invite.

4 – Les documents en téléchargement

Si vous joignez un document à un mail ou le mettez en téléchargement sur un site, le format texte est à privilégier ; il s’agit du format produit par votre traitement de texte ; le plus connu et lu est .doc, produit par Word. Les nouvelles versions de ce logiciel produisent par défaut un .docX qui n’est pas lu par les vieilles versions de Word ou d’autres logiciels de traitement de texte. Le plus universel sera de proposer des textes en .txt ou en .rtf mais je crains que vous ne pleuriez au vu de votre belle mise en page qui saute. Choisissez donc le .doc, lu par quasi tous. Je signale également aux sites institutionnels qui adorent dématérialiser leurs journaux et documents d’information pour faire écolo que des versions texte sont aussi envisageables et l’occasion d’une mise en accessibilité.

Pour les documents comprenant des images, ou que l’on ne souhaite pas qu’elles soient modifiées ou copiées-volées par le destinataire, on utilise le plus souvent le .pdf même si d’autres solutions, forcément plus complexes, existent. Je vous invite à zoomer un document .pdf afin que vous compreniez pourquoi ce n’est pas un format pratique pour un déficient visuel ; le texte grossit, grossit, grossit… mais les lignes dépassent très vite la largeur de l’écran et un balayage horizontal est nécessaire à la lecture ; nausée garantie au-delà de vingt lignes ce d’autant que je ne perçois que le tiers central de mon écran.
Pour les personnes qui utilisent des machines à lire, les pdf doivent répondre à certain nombre de normes, résumées dans ce document de l’AVH.

Ce sont les fichiers .ePub qui permettent que les lignes s’ajustent en même temps que le grossissement, avec choix par l’utilisateur des polices, fonds, hauteur de lignes, marges, espacement des caractères… Juste le bonheur… sauf quand les applis brident le grossissement sans que cela n’émeuvent les décideurs publics qui en forcent l’utilisation, produisant la « mise en inaccessibilité » de quelque chose qui est par nature accessible. Des moulinettes comme Calibre permettent de fabriquer les .ePub, certains logiciels de traitement de texte dans les menus « Exporter » itou.

5 — Les applis mobiles

Beaucoup d’applis mobiles ne sont pas lisibles alors qu’elles sont soumises au RGAA. Elles utilisent des chartes graphiques qui prennent le pas sur l’accessibilité notamment des petites polices qui se réduisent encore au fur et à mesure que les résolutions des écrans augmentent (c’est mathématique ; je travaille d’ailleurs sur mon ordinateur en basse résolution pour gagner en grosseur sur tous les affichages non paramétrables). La plupart du temps, elles ne permettent pas non plus à l’utilisateur d’effectuer des réglages personnels. Quant à celles qui utilisent des cartes interactives sans texte alternatif… J’en pleure.
Je ne sais rien des aspects techniques de la configuration des applis. Je remarque simplement que certaines s’adaptent d’emblée aux paramètres d’accessibilité « Polices plus grandes » de l’iPhone, ce que d’autres ne font pas. Je signale au passage que ces paramètres d’accessibilité peuvent être utiles à tous, les yeux des valides sont parfois fatigués et les protéger par un peu de lisibilité est bon pour leur santé. D’autres applis choisissent d’utiliser les paramètres utilisateurs pour permettre le grossissement des polices. Cela marche plus ou moins bien.

6 — Ressources et aides à la lecture

* Wikipedia dispose d’un article bien foutu qui vous dit l’essentiel sur l’accessibilité du Web.
* Vous pouvez le compléter avec ce court article du Webzine Okeenea, qui résume bien les choses avec quelques ressources.
* L’AVH, qui sait franchement de quoi elle parle même si elle est plus orientée cécité que basse vision, énonce les choses très clairement, de manière moins caustique et parfois différente de moi. Une référence.
* Edencast, « un zeste de technologie pour un maximum d’autonomie » propose de nombreuses informations, beaucoup à destination des aveugles mais aussi pour la basse vision.
* Si vous souhaitez vous former en accessibilité numérique, il existe de nombreuses entreprises qui vous le propose, comme Acces 42.

Bonnus

* Petit bonus à l’intention des lecteurs basse vision et des valides aux yeux fatigués

Peu d’utilisateurs du Net savent qu’il existe un mode liseuse par défaut sur Safari et Firefox (ou Waterfox pour les nostalgiques de certains outils de programmation], avec une moulinette en téléchargement pour Chrome, qui permet de lire les textes des articles (et non des pages sommaires) des sites sans formatage avec le choix de la couleur du fond, la taille et le type de polices. Cela fonctionne sur les ordinateurs, les tablettes, les ordiphones. L’outil se trouve en général dans la barre d’adresse sous forme d’un pictogramme de trois ou quatre petites lignes superposées comme pour figurer un texte. N’oubliez pas de le paramétrer à votre œil.
J’ignore comment les créateurs de site activent cette option mais elle est par défaut sur la plupart des CMS. J’ai remarqué que certains sites média l’ignorent, c’est bien dommage.

Il est également possible de faciliter sa propre lecture en affichant les sites en mode « aucun style » ou « sans formatage » ; cela se trouve dans le menu « Affichage » de votre navigateur. Cela peut se révéler pratique pour les sites qui regorgent de couleurs, de bidules qui clignotent et de fioritures.

* Vous avez dit PMR ?
Depuis que le discours politique s’est emparé de l’« accessibilité universelle », l’action publique se pare des atours des « personnes en situation de handicap » et des « PMR ». Mais de quoi s’agit-il ?
La loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, dite « loi handicap » qui pose les bases de l’accessibilité et de l’autonomie, parle uniquement de « personnes handicapées ». Les « personnes en situation de handicap » sont une construction linguistique qui tend à les rapprocher des « personnes à mobilité réduite » (PMR) définies dans une directive européenne et en lien direct avec l’accessibilité des établissements recevant du public (ERP).
Ainsi, si l’on parle accessibilité, par exemple numérique, l’action publique a vocation à s’intéresser à toutes les personnes, handicapées ou non, personnes que l’on nomme « PMR » ou « personnes en situation de handicap ». Le RGAA en est un bon exemple. Par contre si l’on parle de statut social et administratif, c’est bien le « handicap » qui est mesuré, étalonné (en taux d’incapacité) et qui ouvre droit à prestations et compensation.
Pourquoi rappeler tout cela ? Parce que la « situation de handicap » ne fait pas l’identité du sujet, alors que le handicap, oui. Conclusion : je suis déficiente visuelle en basse vision, handicapée donc (et fière de l’être). Et Kito Katoka ? Elle vous le diras elle-même, c’est bien la société validiste qui la met en « situation de handicap » car elle, franchement ; elle ne vois pas bien ; et alors ?

J’espère que je vous aurai donné envie d’avoir une communication numérique qui n’exclut pas d’emblée les déficients visuels. Ne le faites surtout pas par devoir ; faites-le pour témoigner de votre envie de partager votre vision du monde.
Si vous avez envie de réagir à cet article, m’écrire sur ce site, ou sur Facebook, Twitter.